Le mal-être de gauche

Polisophie · Essai personnel

Quand l’émancipation nous garde petits

On sait de quoi il faudrait se libérer. Il reste à apprendre ce qu’on pourra faire de sa liberté — et à regarder qui s’installe dans l’intervalle.

Je traîne sur Reddit et je reconnais parfois une petite musique. Quelqu’un raconte qu’il ne s’aime pas, qu’il ne sait plus où aller, que l’avenir l’angoisse. Puis les opinions arrivent, et je me dis : tiens, je l’aurais parié. Ça ressemble à cette gauche dont je me suis éloigné.

Mon réflexe ne constitue pas une enquête. Il peut même me faire sélectionner tout ce qui le confirme. Mais il m’a ramené à une question que je retrouve dans nos textes : que devient une personne quand on lui apprend surtout à se méfier de ce qui pourrait lui donner des appuis ?

Je parle ici d’une culture politique qui promet de libérer, puis traite la transmission comme une reproduction suspecte, l’exigence comme une violence et l’attachement comme une faiblesse dont il faudrait se défaire. À la fin, l’individu est censé s’inventer. Avec quoi, bordel ?

Mon hypothèse est là : une émancipation peut contribuer au mal-être lorsqu’elle défait des repères sans donner les moyens d’en construire d’autres. Et cette désorientation peut devenir une ressource pour ceux qui vendent des réponses, administrent une aide ou recrutent un camp. Ces trois activités ont leurs intérêts propres. Regardons-les.

Le fil de notre hypothèseDéfaire un appui ne dit pas ce qu’on met à la place

Des repères se fragilisent.
La personne cherche de quoi comprendre sa vie, appartenir et se projeter.

Un refuge qui se referme

Le groupe fournit un récit et une place. Le risque apparaît lorsque cette place dépend de la docilité et que le désaccord menace le lien.

Des appuis pour devenir capable

Des liens, du temps et des apprentissages donnent davantage de prises, avec la possibilité de répondre et de partir.

Deux issues à examiner, qui peuvent se mêler. Cette image représente le raisonnement proposé dans l’essai ; les études citées ne démontrent pas toute cette chaîne.

Dieu est mort. Les fantômes ont gardé les clés.

Chez Nietzsche, la mort de Dieu dépasse la faillite d’une institution catholique. Dans Le Gai Savoir, au § 125, l’insensé annonce une perte d’orientation : l’horizon a été effacé. Au § 343, Nietzsche précise que la foi au Dieu chrétien est ébranlée et que la morale qui s’appuyait sur elle en subira les conséquences. Il y voit aussi une ouverture pour les esprits libres. 1

La difficulté est plus tordue qu’un simple « avant, on croyait ; maintenant, on déprime ». Dans La Généalogie de la morale, il explique que l’exigence chrétienne de vérité finit par se retourner contre la foi. Il reproche également à l’idéal ascétique de donner un sens à la souffrance en dépréciant la vie. Le christianisme qu’il examine peut donc nourrir ce qu’il aide à contenir. 2

Au § 108 du Gai Savoir, il évoque encore l’ombre de Dieu, susceptible de lui survivre longtemps. 1

Cette ombre m’intéresse. On peut abandonner un catéchisme et conserver la faute, l’expiation, le besoin de pureté. On change le vocabulaire ; certains réflexes trouvent une nouvelle paroisse. C’est le rapprochement que je propose avec nos disputes présentes.

Une personne apprend que sa famille la détermine, que son confort l’accuse, que son pays la compromet. Elle a toujours une dette, mais le créancier change. Et si elle conteste la nouvelle comptabilité, on lui demande de regarder ses privilèges.

La gauche n’a pas inventé la perte de croyance ni toutes les transformations de nos vies. Certains de ses discours peuvent toutefois entretenir une situation où l’on sait surtout de quoi rougir. C’est là que je parle de nihilisme : quand la critique finit par retirer toute valeur à ce qu’on pourrait encore aimer, poursuivre et transmettre.

Le passé accuse. Le présent déçoit. L’avenir menace. Il reste l’indignation pour se tenir debout. Ça fait une vie fatigante.

Une religion contenait aussi des gens qui se retrouvaient

Quand une religion perd sa force, on ne retire pas seulement des propositions sur Dieu. Il peut aussi se défaire des habitudes, des fêtes, des lieux où l’on se retrouve, une manière de relier les générations. Ces fonctions demandent à être regardées, y compris lorsqu’on refuse la doctrine qui les accompagnait.

Un repas contient davantage que son menu. Des gens prennent le temps de s’asseoir, écoutent une histoire déjà entendue, apprennent une recette, se supportent, parfois se disputent. Quelqu’un remarque que tu vas mal. Quelqu’un attend ta venue la semaine suivante.

Le discours sur les valeurs paraît grandiose ; une chaise gardée autour d’une table fait déjà quelque chose.

Dans une famille, une association, un atelier ou une amitié, il y a des appuis dont on perçoit parfois le poids au moment où ils disparaissent. Il faut aussi pouvoir quitter les liens qui nous abîment. La question de ce qu’on retrouve ensuite reste entière.

Geoffroy de Lagasnerie propose explicitement de faire du progressisme un antifamilialisme et défend une transformation du droit autour de l’amitié. Il cherche donc bien une autre organisation des liens. 3 Je veux discuter le remplacement jusque dans ses tâches : qui élève, qui reste quand on devient pénible, qui transmet, qui prend soin ? L’amitié peut y prendre une place considérable. Encore faut-il montrer comment les responsabilités tiennent dans le temps.

Présenter l’éducation des enfants et la vie domestique surtout comme un enfermement laisse aussi beaucoup de travail humain dans l’angle mort. Faire grandir quelqu’un prend de la place. Être présent auprès d’un proche malade aussi. L’ouverture au monde doit pouvoir contenir ces vies-là.

Mon critère sera concret : ce lien permet-il d’apprendre, d’être soutenu et de répondre ? Peut-on le contester sans perdre toute existence auprès des autres ?

Changer d’église, sans toucher au besoin d’obéir

Dans Changer d’église sans le savoir, je décrivais ce passage d’un refuge à l’autre. Religion, contre-récit, méthode devenue identité : on peut déplacer sa certitude sans examiner ce qu’on lui demande de réparer.

Cela ne rend pas les croyances équivalentes. Une affirmation testable, une espérance et un dogme n’ont pas les mêmes justifications. Une méthode qui organise la contradiction nous donne davantage de moyens de corriger nos erreurs.

Mais on peut aussi faire d’une méthode un certificat d’appartenance. Il suffit alors d’avoir les références, les ennemis et le ton.

Quand on se sent perdu, un groupe apporte parfois exactement ce qui manque : des amis, une explication, des rendez-vous, une place. Il peut nous remettre en mouvement. Il peut aussi rendre cette place conditionnelle à notre docilité. Le désaccord menace alors davantage qu’une opinion : il menace la maison.

Cette mécanique peut prendre une forme religieuse, politique ou militante. On multiplie les preuves de fidélité pour ne plus être regardé comme un traître. À force de devoir montrer qu’on appartient, on ne sait plus très bien ce qu’on pense.

Je retrouve là les postures décrites dans Deux familles de « fausse rébellion » : se punir pour se croire authentique, ou surveiller les autres pour se croire juste. La première peut transformer le renoncement en pénitence ; la seconde, la vertu en fonction de contrôle. Ce sont des conduites à examiner. Un vêtement troué ne raconte pas, à lui seul, la psychologie de celui qui le porte.

Le piège se referme quand aller mieux ressemble à une trahison. Réussir, aimer sa vie ou trouver une issue devient embarrassant : qu’est-ce que cela ferait au récit qui nous tenait ensemble ?

Qui peut se payer une rupture ?

C’est ici que les intérêts de classe entrent dans la pièce.

Dans L’émiettage, je reviens sur ce qu’on reçoit avec une place sociale : de l’argent, mais aussi des livres, des relations, de l’assurance, une manière de parler et de croire certaines portes accessibles. On peut même bénéficier de cette transmission au moment précis où l’on en dénonce le principe.

Imaginons un héritier qui rejette les codes de son milieu. Il connaît encore les codes. Il peut avoir un logement où revenir, quelqu’un à appeler, un diplôme qui restera lisible après sa période de rupture. Sa sécurité ne disparaît pas avec son discours.

Celui qui manque déjà de ces ressources risque de perdre davantage lorsqu’on lui présente toute discipline comme une soumission et toute culture exigeante comme une ruse de bourgeois. Les coûts de la même posture ne sont pas distribués également.

C’est le problème que je cherche à saisir derrière la figure de la marginalité choisie, parfois romantisée autour du « punk à chiens ». Une famille aisée et un squat ne résument personne. Mais on peut demander où sont les issues : qui possède une porte de retour, qui devra subir durablement ce que d’autres auront essayé ?

La culpabilité peut également devenir une façon de garder sa place. On condamne le privilège, on conserve ses accès, puis on se distingue par la finesse avec laquelle on s’en accuse. Le pauvre hérite du sermon. Pour les clés, on verra.

Le paradoxe devient particulièrement lourd lorsqu’une classe déjà instruite disqualifie les apprentissages qui pourraient rendre les autres moins dépendants d’elle. À quel moment la critique de la reproduction finit-elle par réserver la transmission aux familles qui la pratiquent déjà très bien ?

Je ne prétends pas avoir reconstitué une opération concertée. Je décris des intérêts susceptibles de converger. Un appareil gagne des soutiens ; un commentateur fidélise son public ; un professionnel peut défendre le dispositif qui lui donne une place. Leur utilité doit pouvoir être examinée avec leur intérêt à durer.

La question qui gratte est simple : celui qui m’aide travaille-t-il à accroître mes capacités, et quelle prise garde-t-il sur moi ? Certaines aides devront durer. Cela les oblige d’autant plus à rendre des comptes à ceux qui les reçoivent.

Élargir le cadre, puis recruter dedans

C’est aussi ce qui me fait comparer Onfray, Lepage et Mélenchon.

Dans ce que j’écoute d’Onfray, j’apprécie le travail qui restitue un contexte, précise un terme, reprend une généalogie et accepte de gêner son propre camp. C’est cette ambition que je cherche dans l’université populaire : davantage de choses à comprendre, puis de quoi juger soi-même. Chaque intervention reste à éprouver à cette exigence.

Avec Lepage, le désaccord apparaît notamment dans l’image du parapente que je reprends dans La culture fait-elle encore pousser ?. Le pauvre monte ; le riche aussi ; l’écart demeure. Sa critique atteint une promesse de rattrapage social. Elle laisse pourtant une autre question ouverte : ce que le premier peut désormais comprendre et entreprendre.

Je m’inquiète du moment où cette ouverture se rétrécit dans une lecture militante. Puis un responsable d’appareil comme Mélenchon organise un discours pour conquérir un pouvoir : il sélectionne, hiérarchise, mobilise. J’attends qu’on regarde ce que cette fin fait au choix des faits et à l’accueil des objections.

La comparaison demande des passages précis. Son enjeu est ce qui arrive à l’auditeur : peut-il reprendre le raisonnement, déplacer la conclusion et partir avec ses propres questions ? Ou a-t-il surtout appris où se placer ?

L’éducation populaire devrait supporter qu’on sorte de chez elle autrement que prévu.

L’enfant auquel on reconnaît tout, sauf la capacité de grandir

Apprendre demande du temps. Il faut traverser des moments où le désir dépasse la maîtrise, où quelqu’un nous corrige, où la réalité résiste. Une coupe de travers reste une coupe de travers. La matière se fout assez largement de notre bonne intention.

Le glissement vers l’infantilisation commence lorsqu’on traite cette résistance comme quelque chose dont il faudrait toujours protéger la personne. On finit par lui reconnaître une souffrance et par ne plus lui demander grand-chose.

Je retrouve cela dans mon expérience d’AESH avec des enfants porteurs de trisomie 21, évoquée dans La gauche va s’effondrer. Aider demandait aussi d’insister, de reprendre, de croire en une capacité que d’autres n’attendaient plus. La douceur avait un travail à faire.

C’est pour cela que je me méfie d’une bienveillance qui assure surtout le confort moral de l’aidant. Il a été gentil. Très bien. Qu’est-ce que l’autre a pu apprendre ?

Le mérite demande la même distinction. Dans Le mérite sans le conte de fées, je sépare l’effort, la maîtrise et la récompense. Le monde ne me doit pas une couronne parce que j’ai transpiré. Mais une hiérarchie injuste ne rend pas inutile ce que je peux apprendre à faire.

On peut dénoncer les portes fermées et préparer quelqu’un à les franchir. Lui expliquer sans cesse pourquoi elles sont fermées peut aussi devenir une manière de le laisser devant.

Je n’ai aucune envie de passer ma vie à dépendre de celui qui m’explique pourquoi je suis dépendant.

La jouissance a aussi ses commerciaux

La critique de Michéa aide à saisir une rencontre possible : il conteste la séparation rassurante entre un libéralisme culturel tenu pour émancipateur et un libéralisme économique dont on condamnerait seulement les excès. Il rapporte les deux à une même conception de l’individu et de ses libertés. 4 Clouscard travaille, lui, l’articulation entre consommation, séduction et rapports de classe. 5

Je retiens cette question : une libération des désirs peut-elle devenir le langage de ceux qui nous apprennent surtout à consommer ?

Dans Le libéralisme : une pédagogie de la liberté, je défends la capacité d’agir, d’essayer et de répondre de ses choix. Cette exigence oblige aussi à examiner la fabrication des préférences, les dépendances commerciales et les conditions réelles d’un choix.

Un désir fournit un point de départ. Il ne dispense pas d’en regarder le coût, la durée, les conséquences pour soi et pour les autres. Une culture qui escamote ces questions peut produire un individu très affirmatif et très facile à conduire.

Le problème déborde la gauche. Une plateforme n’a pas besoin de voter pour savoir occuper quelqu’un. Elle peut accueillir ses révoltes et les remettre en circulation entre deux publicités.

Nous devenons parfois moins stimulés qu’occupés. Une gêne apparaît, on relance une vidéo. Une pensée commence à prendre forme, une notification lui passe dessus. L’attention disponible pour se rencontrer diminue.

Un essai randomisé de 2025, portant sur 467 personnes inscrites, rapporte des améliorations de l’attention et du bien-être après deux semaines de blocage d’Internet sur leur smartphone. Le recul est court et l’adhésion incomplète ; l’étude ne mesure aucune affiliation politique. 6

Elle donne néanmoins une prise sur la question du temps. Avoir des bibliothèques dans sa poche ne garantit pas qu’on laisse une œuvre nous travailler.

Le miroir ne peut pas faire tout le boulot

Prendre soin de son apparence peut être une manière de reprendre sa place. Se laver, choisir un vêtement, se maquiller, essayer une allure : tout cela peut participer à une relation plus heureuse avec soi.

Le problème que je cherche apparaît lorsque la reconnaissance dépend sans cesse d’un verdict extérieur. Dans les fils Reddit que je lis, certaines personnes disent ne pas supporter leur image et demandent aux autres de les rassurer. Ce besoin mérite une réponse qui aille au-delà du prochain compliment.

Mon regard peut aussi être grossier. Un maquillage appuyé ne me renseigne pas sur toute une vie. L’apparence permet de se montrer, de jouer, de se protéger ; elle ne fournit pas un diagnostic.

Une transition médicale engage encore d’autres questions. La réduire à un caprice ferait disparaître la personne que je prétends prendre au sérieux. L’utiliser comme emblème automatique de libération peut tout autant faire passer sa vie derrière une démonstration politique.

Les recommandations françaises pour les adultes demandent une information sur les bénéfices, les risques et les limites, une décision éclairée et un accompagnement adapté. Elles mentionnent notamment les dilatations à long terme après une vaginoplastie. Elles recommandent également l’accès aux soins demandés dans des conditions définies. 7 Ce document concerne les plus de dix-huit ans ; les situations des mineurs demandent un examen distinct.

Une contrainte postopératoire peut donc être réelle. Le récit douloureux d’une personne doit pouvoir être entendu dans son contexte, sans devenir à lui seul le destin de toutes les autres. La question politique que je garde porte sur la qualité de l’information et du soutien : que reste-t-il autour de quelqu’un lorsque le symbole est passé et qu’il faut vivre la suite ?

Notre Narcimorphose cherche cette rencontre avec soi qui donne davantage de place à l’existence. Elle doit pouvoir rencontrer un corps, des proches, un travail et des gestes. Sinon, « aime-toi » devient une consigne supplémentaire à laquelle on échoue.

Le mal-être ne fournit pas la preuve à ma place

Les études obligent à distinguer ce que mon agacement rassemble trop vite.

La méta-analyse d’Onraet et de ses collègues ne trouve pas d’association générale significative entre estime de soi et attitudes de droite. Elle ne permet pas de conclure que les gens de gauche ne s’aiment pas. 8 Les cinq études de Newman et de ses collègues trouvent davantage de sens déclaré chez les conservateurs, y compris après ajustement sur la religiosité. Elles ne démontrent pas que l’héritage culturel produit cet écart. 9

Dépression, amour de soi et sentiment de sens sont des choses différentes. Une communauté militante peut aussi apporter de vrais liens à quelqu’un qui en manque. La souffrance peut précéder l’engagement ; les conditions matérielles peuvent peser sur les deux.

Ces résultats laissent mon hypothèse ouverte. Il faudrait examiner comment une culture reçue, la qualité des liens, l’usage de l’attention et la possibilité de se projeter participent à une trajectoire. Je peux défendre cette question sans la faire passer pour un diagnostic de camp.

Une personne en souffrance peut avoir raison. Un type très content de lui peut raconter des conneries. Nous en connaissons tous.

Une corde à régler, et quelque chose à faire

Le Vibrapôle intervient ici : assez de cadre pour apprendre et tenir ensemble, assez de liberté pour corriger ce cadre et pouvoir le quitter. La tension change selon les situations. Elle ne se règle pas en récitant « famille », « autonomie » ou « émancipation ».

Une transmission qui interdit toute réponse fabrique de la soumission. Sa disparition peut laisser la place à des influences beaucoup moins disposées à rendre des comptes. Une entreprise, un groupe ou un chef peuvent très bien profiter du terrain disponible.

Construire un socle demande donc des pratiques. Un métier avec quelqu’un qui montre le geste. Une œuvre à laquelle on donne plusieurs soirées. Un repas où l’on reste présent. Une relation dans laquelle on peut demander de l’aide et entendre une objection. Un projet dont quelqu’un attend effectivement quelque chose.

Pour se rencontrer, il faut parfois écrire une page, la reprendre, accepter qu’elle soit encore mauvaise. Pour reprendre confiance, tenir un engagement modeste peut compter. Pour transmettre, il faut donner du temps et laisser l’autre faire ce qu’on aurait fait plus vite à sa place.

Tout cela demande aussi des moyens : des lieux, du repos, des personnes disponibles, une certaine sécurité matérielle. Les questions de classe reviennent jusque dans la possibilité d’apprendre et de prendre soin.

La famille peut contribuer à ce socle. Les amis, un enseignant, un collectif ou une pratique aussi. Je veux regarder ce qu’ils permettent de vivre et ce qu’ils exigent en retour. La bonté doit pouvoir protéger celui qui la donne ; la générosité ne tient pas longtemps si elle réclame son effacement.

Mon reproche politique demeure : on ne peut pas promettre l’émancipation et se satisfaire de gens auxquels on aura surtout appris à s’excuser, à réclamer ou à attendre la victoire. Il faut leur transmettre de quoi agir, y compris contre ceux qui parlent en leur nom.

Je veux pouvoir critiquer mon héritage et avoir encore envie de lui donner une suite. Une politique qui m’apprend seulement à m’en excuser ne m’a pas émancipé. Elle m’a laissé avec les ruines et un vocabulaire pour les commenter.

Et s’il reste toujours quelqu’un pour se faire payer le commentaire, j’aimerais qu’on regarde aussi ce qu’il nous aide à reconstruire.

Les textes se répondent

Sources et précisions
  1. Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, §§ 108, 125 et 343, traduction Henri Albert. Perte d’orientation, survivance des ombres et ouverture d’un horizon.
  2. Friedrich Nietzsche, La Généalogie de la morale, troisième dissertation, §§ 27–28, traduction Henri Albert. Retournement de l’exigence de vérité ; rôle et coût de l’idéal ascétique dans l’interprétation de la souffrance.
  3. Geoffroy de Lagasnerie, intervention du 15 janvier 2026, transcription publiée par l’auteur le 18 janvier. Critique de la famille et proposition d’une politique de l’amitié. Cela établit sa position, pas les effets sociaux de son programme. Consulter la source.
  4. Jean-Claude Michéa, entretien avec Michael C. Behrent, Dissent, 7 juin 2019, première réponse. Thèse de l’auteur sur l’articulation des deux libéralismes. Consulter la source.
  5. Michel Clouscard, Le Capitalisme de la séduction. Présentation de l’ouvrage par les éditions Delga, sur la consommation, la séduction et les rapports de classe.
  6. Noah Castelo et coll., 2025, Blocking mobile internet on smartphones improves sustained attention, mental health, and subjective well-being, PNAS Nexus. Intervention de deux semaines, 467 inscrits, adhésion incomplète. L’étude ne mesure pas l’effet d’une culture politique. Consulter la source.
  7. Haute Autorité de santé, Transidentité : prise en charge de l’adulte, juillet 2025. R14–R19 : consentement, information et parcours personnalisé ; R96 : information sur les suites d’une vaginoplastie ; R21 et chapitre 5 : accès aux traitements selon les recommandations. Population de plus de dix-huit ans. De nombreuses recommandations reposent sur un accord d’experts ; les niveaux de preuve varient. Consulter la source.
  8. Emma Onraet, Alain Van Hiel et Kristof Dhont, 2013, The relationship between right-wing ideological attitudes and psychological well-being. Pour l’estime de soi : 51 échantillons, 11 704 personnes, association globale non significative. Mesures d’attitudes de droite, qui ne se confondent pas avec un vote. Consulter la source.
  9. David B. Newman et coll., 2019, Conservatives Report Greater Meaning in Life Than Liberals. Cinq études, sens déclaré ; la causalité proposée dans l’essai n’est pas démontrée. Consulter la source.

Un texte et une illustration du Chant des Mots, travaillés avec une aide de l’IA.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Tu m’envoies ta matière.
Je la lis attentivement.

Si je peux t’aider, je te propose un cadre et un tarif adaptés.
Rien n’est engagé avant ton accord.

Même trois lignes suffisent. Ce que tu écris parle déjà pour toi.
Obligatoire : ❌ NON
Obligatoire : ❌ NON
Obligatoire : ❌ NON
Obligatoire : ✅ OUI
Obligatoire : ❌ NON