À ceux qui vivent de nos colères.
Ça fait des années que ça pète.
Mohammed Merah. Charlie Hebdo. Le Bataclan. Nice. Samuel Paty.
Le terrorisme islamiste. Des hommes assassinés parce qu’ils étaient juifs, parce qu’ils dessinaient, enseignaient ou profitaient simplement d’un concert.
Et parmi leurs victimes, il y a aussi des musulmans.
Ceux qu’ils assassinent. Mais aussi ceux qui subissent les amalgames, les soupçons, les regards. Ces familles qui travaillent, élèvent leurs enfants, parfois venues chercher ici la liberté de croire, de ne pas croire, de s’habiller et de penser comme elles l’entendent.
Elles sont venues chercher les libertés de la République et se retrouvent prises entre les fanatiques qui les combattent et ceux qui les rendent responsables de ces fanatiques.
Notre République devait être un phare et un fort. Inspirer et protéger.
Aujourd’hui, le phare vacille et le fort prend l’eau.
Et pendant ce temps, on excuse.
On excuse tout !
Prenez Hamza « La Douane ». On nous présente un gamin qui arrose les passants pour rigoler. Mais des riverains racontent aussi des insultes et des menaces. Une riveraine interrogée sur RMC témoigne de sa peur.
Et que fait-on ?
Ses parents évoquent des « jeux d’enfant » et, par la voix de leur avocate Elsa Marcel, dénoncent les attaques racistes dont il fait l’objet.
Des jeux d’enfants !
Avoir une robe d’avocat et des diplômes n’empêche décidément pas de raconter des conneries.
Et puis on nous ressort le milieu social, les déterminismes, le manque d’activités gratuites.
À Paris !
Il faudrait donc financer des loisirs supplémentaires pour apprendre à quelqu’un à ne pas emmerder les passants ?
Et financer avec quoi ?
Gratuit, à l’œil ! Enfin, Nicolas paie.
Votre bienveillance, leur délinquance.
Voilà notre Excusocratie.
Et j’accuse cette gauche qui a remplacé l’émancipation des travailleurs par l’exploitation politique de leur condition.
Autrefois, elle voulait faire monter les ouvriers.
Aujourd’hui, elle se sert trop souvent de leurs difficultés comme d’un marchepied électoral.
Les gens ne sont plus des individus à émanciper. Ce sont des catégories à conquérir, des électorats à entretenir, des victimes à représenter.
Et surtout, qu’ils restent victimes !
Le déterminisme devait nous permettre de comprendre ce qui nous conditionne pour augmenter notre pouvoir d’agir.
Vous en avez fait du fatalisme.
C’est la faute du quartier. De la société. Du capitalisme. Des riches.
Trois mots, trois excuses, et circulez !
Quelle formidable pensée critique !
Et quelle belle ironie de voir des gens bardés de diplômes, incapables de sortir de leur grille-béquille, expliquer aux autres comment réfléchir.
On peut être diplômé et rester un imbécile.
Et ce fatalisme finit par faire école.
Vous avez déconstruit la méritocratie, l’autorité, la transmission, la culture commune.
Très bien.
Vous avez remplacé ça par quoi ?
Du nihilisme.
Plus d’ambition. Plus de perspective. Plus d’exigence. On reste devant son écran, on répète ses trois slogans, on accuse le système et on attend que l’État règle le reste.
Voilà votre idéal d’émancipation ?
Une société de consommateurs mécontents et de militants perpétuellement indignés ?
Vous avez déconstruit l’escalier et laissé les gens en bas.
Pourtant, l’ascension ne se fait pas toujours horizontalement.
Il faut parfois un maître, un professeur, un chef qui exige quelque chose. Un cadre. Une discipline. Des responsabilités.
Et c’est un anarchiste qui vous dit ça !
Un bon maître ne fabrique pas des soumis. Il forme des gens capables de se passer de lui.
Je veux des citoyens qui pensent, qui travaillent, qui apprennent, qui créent. Pas des golems attendant que l’État vienne leur expliquer comment vivre.
Pendant ce temps, cet État prélève, réglemente, contrôle.
Mais lorsqu’il faut protéger celui qui travaille ?
Débrouille-toi.
Un commerçant qui voit son magasin pillé ne perd pas seulement une vitrine. Il peut perdre vingt ans de travail, ses économies, son métier, une partie de sa vie.
Son commerce, c’est parfois son âme.
Et on viendra lui expliquer les causes sociales de celui qui l’a détruit.
Fort avec les faibles. Faible avec les forts.
Alors la colère monte.
Les insultes remplacent les discussions. Les appartenances remplacent les individus.
Et puis Trappes. Et La Verrière.
Le suspect dit avoir choisi Trappes parce qu’il la considère comme un repaire d’islamistes. Selon le procureur national antiterroriste, il reconnaît avoir prémédité son attaque et ciblé des personnes qu’il croyait musulmanes ou d’origine africaine ou nord-africaine.
Un mort. Des blessés.
Voilà le racisme dans toute son absurdité meurtrière : croire combattre une idéologie en tirant sur des visages.
Encore des innocents qui paient.
Et les entrepreneurs de la polarisation sortent leurs pancartes.
Après la mort de Quentin Deranque, Mathilde Panot dénonçait ceux qui voulaient faire croire que les Insoumis avaient « du sang sur les mains ». Après Trappes, elle invoque une « responsabilité politico-médiatique qui arme aussi le coupable ».
La responsabilité politique, on l’examine aussi chez soi ou seulement chez l’adversaire ?
Le Monde annonce des tracts du RN dans la voiture, puis corrige : des autocollants fabriqués par le suspect ont été trouvés chez lui. Ses sympathies politiques sont documentées. La responsabilité d’un parti ne s’en déduit pas automatiquement.
Voilà ce que j’accuse : la récupération devient indécente quand elle vise son camp ; chez l’autre, elle se présente en devoir d’alerte.
Un mort n’est pas un tract. Même quand il arrange votre récit.
Nous avons écrit sur le racisme, l’Excusocratie, l’émiettage, l’individualisme. Nous avons essayé de comprendre comment cette tension s’installe.
Et nous-mêmes, nous commençons à péter un câble.
Nous qui essayions de calmer le jeu !
Ils vivent de la tension. Les innocents paient la rupture.
Vous avez tiré sur la corde.
Encore. Encore. Encore.
On vous a dit qu’elle finirait par casser.
Et maintenant, elle craque.
On va tous péter un câble.
Et ce n’est peut-être que le début.
ChamyChamo