Les quatre saisons du désir

Le bestiaire du désir · Un cycle illustré

Le printemps réveille. L’été gronde. L’automne retient ce qui s’en va. L’hiver cède sous une main. Quatre saisons, quatre façons d’habiter le désir.

Printemps

Je recommence à naître

Une elfe adulte avance dans un pré fleuri, vêtue d’une robe verte composée de pétales et de jeunes feuilles.

Elle marche pieds nus
et les fleurs s’ouvrent avant elle.
Son souffle, c’est l’air d’avril.
Sa peau, le velours des bourgeons.

Tout frissonne, tout s’éveille.
Moi aussi.

J’étais endormi dans l’écorce,
figé, prudent, silencieux —
elle a chanté,
et mes veines se sont souvenues.

Ce n’est pas une femme,
c’est le printemps lui-même
qui m’effleure.

Je ne tombe plus,
je pousse.

Haïku

Sous ses pas timides
l’herbe ose une confidence —
moi aussi, je nais.

Été

Été d’Orage

Une elfe adulte agenouillée dans les blés dorés lève le visage vers un ciel d’orage traversé d’un éclair.

Elle marche dans les blés,
le ventre chaud de terre,
la peau pleine d’éclairs.

Chaque pas soulève une rumeur,
celle d’un orage encore contenu,
qui gonfle le ciel comme une promesse.

Les brins la frôlent, insolents,
comme des doigts de vent
qui cherchent à savoir si elle est prête.

Et elle l’est.
Prête à l’éclat.
Prête à la foudre.
Prête à l’élan.

Car l’été n’est pas douceur,
il est offrande et brûlure.
Un moment où le désir
prend racine dans la lumière,
et jaillit —
comme l’épi,
comme le cri,
comme la pluie.

Haïku

Sous l’épi tendu,
le ciel retient sa tempête —
je suis le grondement.

Automne

La dernière lumière

Une elfe adulte rousse porte une robe entièrement composée de feuilles cuivrées aux nervures visibles, dans une forêt d’automne.

Elle marche dans les feuilles
comme on marche dans les souvenirs :
avec lenteur,
avec grâce,
avec l’oubli suspendu.

Ses cheveux ramassent l’ocre du monde,
et l’air sent la fin douce.
Je suis l’arbre qui se dépouille
juste pour qu’elle ait un tapis de feu.

Chaque pas d’elle
est un adieu à l’été.
Mais moi, je ne tombe pas.
Je reste, suspendu,
pour voir encore une fois
son regard lever l’automne.

Haïku

Son pas sur les feuilles —
je craque, moi aussi, dedans
comme une saison.

Hiver

Sous le givre, un feu

Une elfe adulte effleure un ruisseau enneigé ; des ramures de givre bordent l’encolure, les manches et l’ourlet de sa robe.

Elle effleure l’eau,
et c’est mon cœur qu’elle trouble.
Je suis la neige,
et sous ses doigts, je fonds.

L’hiver me garde,
me recouvre d’un silence blanc —
mais elle parle sans mots,
et déjà, mes flocons se dispersent.

J’aurais voulu rester pur,
immobile, intact,
mais son souffle est plus vrai
que toutes mes résistances.

Sous le givre,
je brûle.

Haïku

Sa main sur la glace —
j’ai fondu sans une plainte
cœur pris par le froid.

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