Le printemps réveille. L’été gronde. L’automne retient ce qui s’en va. L’hiver cède sous une main. Quatre saisons, quatre façons d’habiter le désir.
Je recommence à naître

Elle marche pieds nus
et les fleurs s’ouvrent avant elle.
Son souffle, c’est l’air d’avril.
Sa peau, le velours des bourgeons.
Tout frissonne, tout s’éveille.
Moi aussi.
J’étais endormi dans l’écorce,
figé, prudent, silencieux —
elle a chanté,
et mes veines se sont souvenues.
Ce n’est pas une femme,
c’est le printemps lui-même
qui m’effleure.
Je ne tombe plus,
je pousse.
Sous ses pas timides
l’herbe ose une confidence —
moi aussi, je nais.
Été d’Orage

Elle marche dans les blés,
le ventre chaud de terre,
la peau pleine d’éclairs.
Chaque pas soulève une rumeur,
celle d’un orage encore contenu,
qui gonfle le ciel comme une promesse.
Les brins la frôlent, insolents,
comme des doigts de vent
qui cherchent à savoir si elle est prête.
Et elle l’est.
Prête à l’éclat.
Prête à la foudre.
Prête à l’élan.
Car l’été n’est pas douceur,
il est offrande et brûlure.
Un moment où le désir
prend racine dans la lumière,
et jaillit —
comme l’épi,
comme le cri,
comme la pluie.
Sous l’épi tendu,
le ciel retient sa tempête —
je suis le grondement.
La dernière lumière

Elle marche dans les feuilles
comme on marche dans les souvenirs :
avec lenteur,
avec grâce,
avec l’oubli suspendu.
Ses cheveux ramassent l’ocre du monde,
et l’air sent la fin douce.
Je suis l’arbre qui se dépouille
juste pour qu’elle ait un tapis de feu.
Chaque pas d’elle
est un adieu à l’été.
Mais moi, je ne tombe pas.
Je reste, suspendu,
pour voir encore une fois
son regard lever l’automne.
Son pas sur les feuilles —
je craque, moi aussi, dedans
comme une saison.
Sous le givre, un feu

Elle effleure l’eau,
et c’est mon cœur qu’elle trouble.
Je suis la neige,
et sous ses doigts, je fonds.
L’hiver me garde,
me recouvre d’un silence blanc —
mais elle parle sans mots,
et déjà, mes flocons se dispersent.
J’aurais voulu rester pur,
immobile, intact,
mais son souffle est plus vrai
que toutes mes résistances.
Sous le givre,
je brûle.
Sa main sur la glace —
j’ai fondu sans une plainte
cœur pris par le froid.