Déshorizon

Fragment — Polysophie

Il y a des époques où le futur ne disparaît pas : il se dérobe.
Non pas un mur, non pas un effondrement brutal, mais un glissement silencieux.
L’horizon ne porte plus rien. On avance et le sol recule.

Les sociétés étouffées ne meurent pas d’un choc : elles meurent de déshorizon.
Quand il n’y a plus assez de sens pour porter une vie, assez de projet pour guider un geste, assez de culture pour ouvrir des portes.

Alors chacun se replie. On retourne vers le connu, le clan, l’idéologie, la croyance, le petit abri identitaire qui fait semblant de rassurer.
Quand le haut disparaît, on cherche du bas. Quand il n’y a plus de vision, il ne reste que la tribu.

Le déshorizon n’est pas une absence d’avenir : c’est un avenir devenu indifférent.
Et c’est là que les civilisations s’abîment : quand elles cessent d’inspirer et commencent à perdre.

Pourtant, il suffirait parfois d’un geste, d’un mot, d’une clairière dans le bruit — pour que le ciel se rallume.

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