Quand le cerveau coupe pour ne plus avoir Ă penser
Introduction â Quand ça disjoncte
Il y a un moment prĂ©cis oĂč la pensĂ©e sâarrĂȘte. Pas parce quâelle est fausse. Pas parce quâelle est trop difficile. Mais parce que quelque chose coupe.
On entend alors des phrases comme :
- « Câest trop compliquĂ© »
- « De toute façon, on nây peut rien »
- « Faut ĂȘtre expert »
- « Jâai dĂ©jĂ essayĂ©, ça ne sert Ă rien »
Ce moment-lĂ , câest ce que jâappelle le disjoncteur cognitif.
« Le disjoncteur de la complexitĂ© est le moment oĂč lâesprit, saturĂ© ou disqualifiĂ©, cesse dâessayer de comprendre â non par bĂȘtise, mais par protection. »
1) Définition simple
Le disjoncteur cognitif est un mĂ©canisme mental de protection qui coupe lâeffort de comprĂ©hension quand la charge devient trop forte.
Comme un disjoncteur électrique :
- il évite la surchauffe,
- mais il coupe aussi le courant.
Ă court terme, il protĂšge. Ă long terme, il empĂȘche de penser.
2) Comment il se déclenche
Le mĂ©canisme est presque toujours le mĂȘme :
- Un sujet important apparaĂźt
- Il engage une responsabilité (comprendre, choisir, agir)
- Le cerveau perçoit trop de paramĂštres, trop de jargon, trop dâincertitude⊠ou une blessure associĂ©e
- Il coupe
La pensĂ©e ne ralentit pas. Elle sâĂ©teint.
3) Exemple scolaire â « Je suis nul en maths »
Beaucoup dâadultes disent : « Les maths, ce nâest pas pour moi. » Mais trĂšs souvent, ce nâest pas une incapacitĂ© intellectuelle : câest un traumatisme cognitif.
- exercices impossibles,
- humiliations,
- comparaisons,
- étiquettes précoces.
Le cerveau apprend alors une chose : essayer = souffrir. Le disjoncteur se dĂ©clenche avant mĂȘme lâeffort.
(On retrouve une logique proche de lâimpuissance apprise dĂ©crite en psychologie : lorsque lâĂ©chec rĂ©pĂ©tĂ© fabrique le renoncement.)
« Ces domaines nâont rien en commun en apparence â sauf un mĂȘme effet : faire croire que la comprĂ©hension nâest plus Ă ta portĂ©e. »
4) Exemple scientifique â « Câest plurifactoriel »
Dans certains dĂ©bats scientifiques ou sanitaires, on entend : « Câest complexe, plurifactoriel, il faut plus dâĂ©tudes. »
Parfois, câest vrai. Mais parfois, cette complexitĂ© sert surtout Ă gagner du temps. Quand les effets sont observĂ©s sur le terrain mais quâon multiplie les prĂ©cautions verbales, la complexitĂ© devient un paravent.
Ici, le disjoncteur nâest plus seulement individuel : il devient institutionnel.
5) Exemple politique â « Ce nâest pas pour vous »
En politique, le disjoncteur prend une forme Ă©litiste : « Vous ne pouvez pas comprendre, câest trop complexe. »
Or, les enjeux fondamentaux sont souvent simples :
- qui décide ?
- qui gagne ?
- qui paie ?
- qui assume les conséquences ?
Un enfant peut comprendre ça. Ce qui est complexe, ce sont souvent les justifications, pas les faits. La complexité devient ici un outil de dépossession.
« Il ne sâagit pas de nier la complexitĂ© du rĂ©el, mais de constater quâelle est souvent utilisĂ©e comme un Ă©cran plutĂŽt que comme un outil.
6) Exemple relationnel â Les mots qui coupent
Dans la vie quotidienne, le disjoncteur est souvent linguistique. Des mots comme « jamais », « toujours », « de toute façon » écrasent la réalité en une phrase totale.
Ils ne clarifient pas. Ils figent. Le cerveau de lâautre nâanalyse plus : il se ferme.

7) Pourquoi le disjoncteur est contagieux
Le plus grave nâest pas le disjoncteur individuel. Câest lâeffet boule de neige.
Des individus fragilisĂ©s cognitivement deviennent Ă leur tour enseignants, cadres, experts, dĂ©cideurs. Et sans toujours sâen rendre compte, ils transmettent :
- un rapport anxieux au savoir,
- une peur de la clarté,
- un besoin de jargon pour se rassurer,
- une culture de la complexité comme preuve de valeur.
Le systĂšme se reproduit.
Voir aussi : Effondrement éducatif et enfants désaccordés
8) La simplicité comme contre-mouvement
La simplicitĂ© est lâantidote du disjoncteur cognitif. Pas le simplisme, pas le « on sâen fout » : la mise en forme claire, par Ă©tapes, avec des exemples, une mĂ©thode, une structure.
Comme un origami : un pli, puis le suivant. Ce qui paraĂźt complexe Ă la fin peut ĂȘtre simple dans son processus.
Voir lâentrĂ©e du dictionnaire : SimplicitĂ©
9) Analyse â Pourquoi la simplicitĂ© va devenir plus difficile⊠et plus nĂ©cessaire
Nous entrons dans une période étrange : on aura besoin de simplicité partout, mais elle deviendra de plus en plus rare.
Pourquoi ? Parce que pour bĂ©nĂ©ficier de la simplicitĂ©, il faut un minimum de structure intĂ©rieure : attention, langage, patience, capacitĂ© Ă suivre des Ă©tapes. Or, si lâĂ©ducation sâaffaiblit, si les enfants sont « dĂ©saccordĂ©s », si les adultes sont saturĂ©s, alors la pensĂ©e devient plus fragile â et le disjoncteur saute plus vite.
Dans ce contexte, la simplicitĂ© ne sera plus seulement une âbonne maniĂšre dâexpliquerâ. Elle deviendra un enjeu de civilisation.
Ce ne sera pas suffisant de rendre les choses claires si, en face, les esprits sont Ă©puisĂ©s, les rythmes dĂ©rĂ©glĂ©s, et lâhygiĂšne de vie dĂ©truite (sommeil, alimentation, Ă©crans, stress, bruit). Quand la base est abĂźmĂ©e, mĂȘme une explication simple peut ne plus ârentrerâ.
Il faudra donc Ă la fois :
- remettre de la clarté dans la transmission,
- rĂ©apprendre la mĂ©thode (un pas aprĂšs lâautre),
- et redresser le socle : attention, rythme, stabilité, culture.
Câest pour ça que des approches qui remettent du souffle, qui reviennent aux besoins naturels, et qui simplifient sans trahir â Ă la maniĂšre de certaines dĂ©marches Ă©ducatives â peuvent avoir un effet puissant : elles ne âmagiquentâ pas le rĂ©el, elles rĂ©parent le terrain.
Conclusion â RĂ©enclencher doucement
Le disjoncteur cognitif nâest pas toujours une faute morale. Câest souvent une cicatrice. Mais ce qui a Ă©tĂ© appris peut ĂȘtre dĂ©sappris.
En restaurant la clarté, en respectant les étapes, en redonnant confiance, et en refusant la complexité inutile.
« La vraie question nâest pas : âest-ce que câest compliquĂ© ?â
mais : Ă quel moment ai-je arrĂȘtĂ© dâessayer de comprendre ? »
Penser nâa pas besoin dâĂȘtre hĂ©roĂŻque. Il a besoin dâĂȘtre possible.
« Si tu veux savoir si on te noie, demande quâon tâexplique simplement : la fuite commence souvent lĂ .