Je ne pars presque jamais d’une idée.
Je pars d’une rencontre.
Parfois avec un dessin.
Parfois avec un texte.
Parfois avec une personne.
Même lorsque je lis un poème que je trouve maladroit, je ne vois pas seulement des mots.
J’imagine quelqu’un en train de les écrire.
Je me demande ce qu’il a voulu dire.
Ce qu’il n’a pas réussi à dire.
Ce qu’il n’ose peut-être pas encore dire.
Alors, au lieu de lui répondre directement, je lui réponds souvent avec un autre poème.
Une petite abeille.
Les symboles deviennent une manière de dialoguer.
Mais il y a quelque chose d’étrange.
En croyant écrire pour quelqu’un d’autre, je finis presque toujours par écrire sur moi.
C’est peut-être cela que j’appelle l’alteromirage.
Croire que l’on parle aux autres, alors qu’on finit par rencontrer une partie de soi.
Le poème devient alors un miroir.
Pas un miroir qui enferme.
Un miroir qui ouvre.
C’est aussi pour cela que je préfère souvent les images aux conclusions.
Je préfère une petite abeille qui regarde par la fenêtre à une morale sur le courage.
Je préfère un bourdon maladroit qui manque sa fleur à une phrase disant qu’il faut accepter l’échec.
Je préfère une scène à une explication.
Parce qu’une scène continue de vivre après la lecture.
Elle laisse au lecteur la liberté d’y déposer sa propre histoire.
Une conclusion, elle, s’arrête avec le dernier point.
Peut-être est-ce pour cela que j’écris des poèmes.
Non pas pour transmettre un message.
Mais pour ouvrir un espace où deux imaginaires peuvent se rencontrer.
Le mien.
Puis, peut-être, le vôtre.