Bzzz
Petite abeille,
que regardes-tu par la fenêtre ?
Les fleurs qui font une ronde
de pétales,
Tout ce petit monde
qui bourdonne,
s’agite,
grouille
sous des rayons de miel ?
Bzzz…
Une danse a commencé.
Peut-être demain.
Pendant ce temps…
Les couleurs tournent dans
le jardin,
un arc-en-ciel
à portée de pollen.
Comme le bourdon maladroit,
il manque peut-être
un battement d’aile
pour louper sa fleur.
Bzzz ?
Making-of — À portée de pollen
À l’origine, ce poème n’est pas né d’une abeille.
Il est né d’un autre poème.
À cette époque, je lisais beaucoup de textes publiés sur Internet. Certains étaient maladroits. D’autres très sombres. Beaucoup parlaient de souffrance, de solitude, de vide.
Je pourrais dire que je les trouvais mauvais.
Mais ce ne serait pas tout à fait vrai.
Parce que je ne lisais pas seulement les mots.
J’imaginais la personne en train de les écrire.
Je voyais quelqu’un seul, peut-être devant une fenêtre, essayant de déposer quelque chose qu’il n’arrivait pas encore à dire autrement.
Et cette image me touchait davantage que le poème lui-même.
J’avais envie de répondre.
Pas avec une critique.
Pas avec un conseil.
Avec un autre poème.
Au départ, un vers guidait tout le texte :
Les fleurs ne se demandent pas si elles méritent le soleil.
C’était une manière de dire :
Sors.
Regarde.
Va vivre.
Les fleurs ne culpabilisent pas d’être belles.
Les abeilles ne demandent pas la permission de butiner.
Elles vivent.
Puis sont arrivés les bourdons.
Cette année-là, ils entraient souvent chez moi.
Ils étaient adorables.
Un peu maladroits.
Ils semblaient parfois hésiter avant de repartir.
En les regardant, je me suis rendu compte que je m’y reconnaissais davantage que dans l’albatros de Baudelaire.
L’albatros est magnifique dans le ciel.
Le bourdon, lui, paraît presque mal fichu.
Il cogne.
Il hésite.
Il semble toujours un peu en retard sur son propre vol.
Et pourtant…
Il finit presque toujours par retrouver une fleur.
C’est devenu une image beaucoup plus douce de nos maladresses.
On n’a pas besoin d’être un héros tragique pour être profondément humain.
Il suffit parfois d’être un bourdon qui cherche encore sa fleur.
Au fond, ce poème n’était peut-être pas destiné à cette personne.
Comme souvent lorsque j’écris, en croyant répondre à quelqu’un d’autre, je me suis retrouvé à écrire un peu sur moi.
Et j’espère que chacun pourra, à son tour, y reconnaître son propre battement d’aile.