(Attends deux secondes.)
Je parle d’un cas précis.
Pas de « Platon interdit partout ».
Pas d’autodafé.
Dans certaines universités texanes, on a demandé de retirer un passage du Banquet de Platon.
Plus précisément : le mythe raconté par Aristophane.
À l’origine, dit le mythe, les humains étaient des êtres doubles :
homme–homme, femme–femme, homme–femme.
Zeus les coupe en deux.
Et l’amour, c’est le désir de retrouver sa moitié perdue.
Ce texte a plus de 2 400 ans.
Ce n’est pas un manifeste.
Ce n’est pas une idéologie.
Ce n’est pas une théorie du genre.
Et surtout :
Ce n’est pas parce que le Texas est religieux.
Ce n’est pas parce que le Texas est conservateur.
Ce n’est pas parce que le Texas est « trumpiste ».
Ce qui se passe est plus simple, et plus inquiétant.
Depuis vingt ans, les universités américaines se sont ultra-polarisées.
Beaucoup de textes sont lus à travers des grilles idéologiques contemporaines.
Résultat : les institutions paniquent.
Elles ne font pas des règles claires.
Elles pondent des règles floues.
Et tout le monde se protège.
Platon devient une victime collatérale d’une guerre culturelle qu’il n’a jamais connue.
C’est dommage.
Ce n’est pas souhaitable.
Mais dans un pays au bord de la rupture, on peut comprendre la logique de repli institutionnel.
Espérons juste une chose : que ce soit temporaire.
Parce qu’une université qui ne peut plus lire calmement ses textes fondateurs cesse d’être un lieu de pensée.
Et devient un lieu de peur.
Note : ce fragment vise à décrire un mécanisme (polarisation → panique institutionnelle → règles floues → autocensure), pas à défendre un camp.