On a trouvé le coupable

Polisophie · Fragment · 3 min de lecture

En discutant avec un collègue, on se demandait pourquoi les gens avaient autant de mal à prendre leurs responsabilités. Il a mis ça sur le dos de l’IA.

Mais attends. On faisait quoi avant ? On réfléchissait tous comme des philosophes jusqu’à l’arrivée de ChatGPT ?

Je ne dis pas qu’un outil ne change rien. Je demande comment il agit, sur quoi, et ce qu’on faisait déjà avant lui. L’éducation, les habitudes, le besoin d’être rassuré, la peur de se tromper : il y a du monde dans la pièce. Si on désigne l’IA et qu’on s’arrête là, on n’a pas expliqué grand-chose.

C’est cette vitesse à conclure qui m’afflige. J’ai l’impression que parfois on cherche surtout une réponse qui permet de ne plus chercher.

Écouter avant d’écarter

L’affaire Charles Sapin me fait regarder un autre réflexe. Son édito dominical sur France Inter durait deux minutes trente. Deux éditions avaient été diffusées. Le 19 septembre 2026, il a annoncé son départ après la suppression de ce format et une proposition de débat qu’il a refusée. Le déroulement rapporté par Le Monde.

La médiatrice de Radio France a publié des messages d’auditeurs qui demandaient son départ ou annonçaient qu’ils n’écouteraient plus. Leur objection portait notamment sur son appartenance à Valeurs actuelles et sur le risque de banaliser l’extrême droite. D’autres auditeurs défendaient sa présence et refusaient qu’on le juge uniquement sur le journal qu’il venait de rejoindre. Les réactions publiées par Radio France.

Ce que je veux discuter, c’est ce passage du désaccord à la demande de retrait. On peut contester son recrutement, ses propos ou les choix de sa rédaction. Mais qu’on me montre ce qu’il dit, ce qui est faux, ce qui est inacceptable. Je veux pouvoir l’entendre et me faire un avis. Une radio publique ne devrait pas me garantir que personne ne viendra déranger mes habitudes.

C’est ce que j’essaye de décrire avec le réflexe culturel : les mots et les appartenances qui nous donnent déjà une réponse avant qu’on ait regardé le reste.

Pouvoir demander pourquoi

Quand je parle d’émancipation, je pense aussi à ça. Apprendre à regarder, pouvoir demander pourquoi, savoir expliquer son refus. Dans mon travail d’AESH, je veux aider quelqu’un à faire davantage par lui-même. Je ne veux pas devenir celui qu’il doit consulter avant chaque geste.

Et je veux pouvoir demander la même chose aux institutions qu’on finance. Qu’est-ce qu’elles nous permettent de faire ? Qu’est-ce qu’elles décident à notre place ? Pourquoi faudrait-il renoncer à ces questions dès qu’on prononce « service public » ou « solidarité » ?

Je peux payer un service, m’en servir et vouloir changer son fonctionnement. Il va quand même falloir qu’on arrive à discuter à partir de là.

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