Le piège de la pureté

On veut être pur. On lave, on filtre, on désinfecte. On s’interdit. On juge.

Mais à force de courir après la pureté, on rétrécit. On se coupe du vivant, du mélange, de la poussière qui fait pousser les choses. La pureté, ce n’est pas l’élévation — c’est une cage qui dit ça oui, ça non.

La pureté fragilise

Comme trop de gel antibactérien qui détruit aussi les bonnes bactéries. Comme les enfants trop protégés qui tombent malades dès qu’ils touchent la terre. Comme les produits “purifiants” qui empoisonnent plus qu’ils ne soignent.

La pureté chimique rend faible, parce qu’elle coupe le contact avec le réel.

Exemple biologique (très concret) : on le voit aussi avec la sélection “pure”. Les chiens de race, quand ils sont reproduits en circuit fermé, accumulent des fragilités : maladies génétiques, tares héréditaires, incapacités d’adaptation. Là où le brassage renforce, la “pureté” appauvrit.

Ce n’est pas une métaphore : c’est une loi du vivant. À force d’éliminer le mélange, on élimine aussi la robustesse.

Le même mécanisme dans l’Histoire

Ce qui fragilise un organisme fragilise aussi une société. Dès qu’une idéologie se veut “pure”, elle ne cherche plus à comprendre : elle cherche à trier. Et quand le tri devient une vertu, l’élimination devient vite une option.

Robespierre est un bon exemple de ce glissement : “l’Incorruptible” voulait purifier la République. À force de simplifier le réel en “vertueux” et “corrompus”, il a transformé la politique en machine à exclure — puis en machine à tuer. La pureté commence comme une exigence morale, et finit comme une mécanique.

Dès qu’une idéologie se veut pure, elle glisse vers la violence. Robespierre voulait purifier la République — il a créé la Terreur. Les nazis voulaient purifier le peuple — ils ont fabriqué l’inhumain. Les communistes voulaient purifier les consciences — ils ont construit des purges.

La pureté commence comme une vertu et finit comme une arme.

Le rapport avec le Vibrapole

Le Vibrapole dit que la vie est tension, mélange, friction : une corde qui vibre entre le chaos et l’ordre, entre l’instinct et le sens. Ce n’est pas un “juste milieu” tiède : c’est une tension juste, vivante.

La pureté n’est pas un pôle du Vibrapole. C’est la tentative de sortir du Vibrapole : supprimer l’ambivalence, éliminer le mélange, abolir la tension. Mais quand on annule la tension, on annule aussi la vibration.

Et une corde qui ne vibre plus ne devient pas “plus élevée” : elle devient cassante. Trop d’ordre tend la corde jusqu’à la rigidité ; la pureté pousse ce réflexe à l’extrême, jusqu’à la rupture.

Quand la pureté prend le dessus, elle ne détruit pas seulement des idées : elle détruit la capacité d’écoute. Elle remplace la résonance par le tri, et la présence par le jugement.

L’Échotropisme en creux

Même aujourd’hui, on pourrait parler d’un échotropisme :

Mais dès qu’on retombe dans les obsessions de pureté, cette résonance se brise.

On n’écoute plus : on trie, on moralise, on coupe la vibration.

cette manière de se tourner vers ce qui résonne en nous, vers les liens vivants, vers les présences qui répondent.

Une eau trop claire est stérile. Une eau un peu trouble nourrit les racines.

Une autre voie

La vraie force, c’est d’affronter le mélange. De supporter la nuance, le désordre, l’ambivalence qui fait respirer.

La vie n’est jamais pure : elle est mêlée, rugueuse, vivante.

Appel à vivre

La pureté promet la perfection, mais elle vole le mouvement.

Elle assèche, elle isole, elle stérilise.

Alors oui : venez jouer dans la boue, tomber, rire, vous salir, aimer sans mode d’emploi, vivre dans la vibration.

Ce qui pousse vraiment, ce n’est jamais le pur : c’est le vivant.

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