Pamphlet contre l’humour subventionné et autres industries du vide
Il y a des choses qui ne devraient pas exister.
Pas les catastrophes naturelles.
Pas les guerres.
Pas les crises économiques.
Non.
Plus grave : l’humour subventionné qui ne fait rire que les subventionnés.
France Inter a réussi un miracle :
un humour sans humour,
un rire sans joie,
des blagues sans structure,
des métaphores sans image,
des punchlines sans punch.
C’est l’athéisme de la comédie :
même le vide a renié le projet.
On appelle ça “casser les codes”.
C’est adorable.
Les enfants cassent des Lego aussi —
mais au moins, eux, ils reconstruisent derrière.
Ici : rien.
Un plateau, des rires, et du néant.
Du néant applaudi, promu, financé, célébré.
Du néant qui rit de son propre néant.
Et le public rit parce qu’il faut rire.
Rire par réflexe.
Rire par culpabilité culturelle.
Rire par peur d’être celui qui ne rit pas.
Le rire obligatoire :
la taxe culturelle la plus triste de France.
Un jour, on m’a traîné dans un théâtre du même genre.
Du vide joué avec sérieux.
Des acteurs récitant l’absence comme s’ils récitaient la mort.
Une salle hilare par instinct de survie.
Et dans les coulisses, des gens sentant leurs propres pets esthétiques,
les appelant des “gestes politiques”.
Moi, je sentais juste la misère.
Ce soir-là, j’ai compris que le vide avait des fans.
L’époque confond maintenant performance et contenu.
On le voit partout :
- porno : technique sans désir
- rap : beat sans parole
- théâtre : texte sans texte
- humour : transgression sans intelligence
- militantisme : positions sans pensée
Comme si on s’était mis d’accord pour dire :
« Le vide, c’est déjà tellement de boulot que ça mérite un salaire. »
Le pire, c’est la posture.
La certitude d’être profond quand on est juste obscur.
La certitude d’être drôle quand on est juste violent.
La certitude d’être engagé quand on est juste lourd.
La certitude d’être subversif quand on est juste… nul.
Le néant ne manque pas d’assurance.
Le problème n’est pas l’humour féminin, masculin, transgenre ou martien.
Le problème, c’est que l’humour n’a plus de risque.
Plus de public réel.
Plus d’arène.
Plus de pression.
Plus de nécessité.
Aujourd’hui, tu veux faire rire ?
Inutile d’avoir du talent :
un micro, un studio,
et un community manager suffisent.
Le vide a des attachés de presse.
Alors oui, il y a des choses qui ne devraient pas exister.
Pas parce qu’elles choquent.
Mais parce qu’elles ne sont même pas vivantes.
Le rire, le vrai,
ne vient jamais de l’État.
Il vient de la friction, du danger, de l’intelligence, du rythme, du souffle.
Il vient de la vérité.
Et la vérité, elle, n’a jamais été subventionnée.