« Donner, c’est beau. Mais donner sans comprendre, c’est parfois dominer. »
🕊️ Introduction
Donner, c’est beau.
Mais donner sans comprendre, c’est parfois dominer.
Sous les drapeaux blancs de l’humanitaire ou les tweets bien-pensants, il y a parfois une mécanique bien plus ancienne : celle du pouvoir déguisé en bonté.
L’Aidisme, c’est ça.
Une fausse lumière, douce mais stérile, qui éclaire surtout ceux qui la brandissent.
⚙️ I. Quand l’aide devient système
L’humanitaire, au départ, c’était simple : des hommes et des femmes qui agissaient là où l’État ne pouvait pas.
Mais à force de se professionnaliser, la compassion est devenue structure, la structure s’est faite marque, et la marque a besoin de financement.
Alors, l’aide s’est industrialisée.
Le cœur a cédé la place aux rapports, aux bilans, aux partenariats.
On compte des vies comme des chiffres, on communique sur la misère comme sur un produit.
Le geste s’est figé en procédure.
L’humanité s’est transformée en logo.
« On compte des vies comme des chiffres, on communique sur la misère comme sur un produit. »
🌍 II. Le terrain et ses mirages
Sur le terrain, la générosité se heurte souvent à l’absurde.
Des volontaires sincères, épuisés, bricolent pendant que leurs dirigeants changent de bureau ou peaufinent des courriers larmoyants.
Certains humoristes — comme Jérémy Ferrari — ont révélé cette hypocrisie structurelle : des ONG qui culpabilisent leurs donateurs pour masquer leurs propres lenteurs, des responsables qui gèrent la détresse comme on gère un budget de communication.
Et sur place, d’autres le disent aussi :
« Des enfants attendent les cadeaux des blancs, au lieu d’aller à l’école. »
Le geste d’amour se transforme en réflexe de dépendance.
On donne pour se sentir utile, pas pour rendre libre.
C’est l’aidisme : une bienveillance qui ne soigne que la conscience de celui qui aide.
« On donne pour se sentir utile, pas pour rendre libre. »
🧭 III. Le faux bien et le vrai mal
Aider sans élever, c’est entretenir la misère.
On croit sauver, mais on maintient.
On croit libérer, mais on lie.
Le vrai courage, c’est d’apprendre à l’autre à se lever.
C’est de supporter la lenteur, le refus, la dignité blessée.
Vous connaissez la citation:
« Donne un poisson, tu nourriras un homme un jour.
Apprends-lui à pêcher, tu le nourriras pour la vie. »
Mais l’Aidisme préfère le geste visible, la photo, le petit frisson moral.
Parce que ce qui compte, ce n’est plus d’aider — c’est d’être vu en train d’aider.
Le don devient un miroir :
on n’aide plus l’autre, on s’aide à se voir généreux.
« Aider sans élever, c’est entretenir la misère. »
🏛️ IV. L’Aidisme politique — la main gauche du pouvoir
L’Aidisme ne se limite pas aux ONG.
Il s’est infiltré jusque dans les discours politiques.
Certains, au nom de la justice sociale, ont fait de l’aide un outil de contrôle :
on taxe, on redistribue, on subventionne — mais toujours pour garder les gens dans la dépendance.
Les impôts deviennent un chantage moral :
« Si tu refuses de payer plus, tu es égoïste. »
Et ceux qui questionnent le système passent pour durs, ou insensibles.
La gauche institutionnelle, elle, excelle dans cet art de maintenir pour régner.
Elle entretient la misère pour conserver le monopole de la vertu.
Pendant que la droite compte, elle console.
Mais ni l’une ni l’autre ne libère.
Elles se partagent le même mensonge : que le peuple ne peut pas se relever sans elles.
Nos dirigeants, de tout bord, préfèrent des citoyens assistés à des individus autonomes.
Ils se posent en protecteurs pour mieux se rendre indispensables.
Et derrière chaque aide, chaque prime, chaque dispositif “solidaire”,
il y a toujours le même message :
« Sans nous, tu tomberais. »
on taxe, on redistribue, on subventionne — mais toujours pour garder les gens dans la dépendance.
Certains appellent ça “aide au développement”.
En réalité, c’est souvent un ticket d’entrée dans le business des apparences.
On signe des chèques à des pays qu’on ne comprend pas, dans l’espoir qu’ils nous respectent, qu’ils nous achètent, qu’ils votent pour nous à l’ONU.
Mais l’argent n’achète jamais le respect — seulement le mépris poli.
Ce qu’on exporte, ce ne sont plus des savoir-faire, mais des postures : des contrats, des selfies et des dîners officiels.
Les mêmes mains qui signent les aides au Sud signent ensuite des accords de libre-échange comme le Mercosur, qui détruisent nos sols, nos paysans, nos produits, et tout ce qu’il restait de bon sens agricole.
On aide là-bas pour mieux s’abîmer ici.
C’est l’économie circulaire du cynisme.
Notre terre, celle du vin, du blé, du bois et du fromage, s’appauvrit pendant qu’on verse des milliards à l’autre bout du monde, persuadés que la charité remplacera la souveraineté.
L’Aidisme n’aide pas : il érode.
Et à force d’acheter la paix, on finit par louer la décadence.
« On aide là-bas pour mieux s’abîmer ici. C’est l’économie circulaire du cynisme. »
🧩 V. L’Aidisme social — la charité anesthésiante
L’Aidisme, c’est aussi cette manie moderne de soulager sans libérer.
Donner pour calmer, pas pour construire.
Distribuer pour contenir, pas pour élever.
On donne une pièce à l’homme dans la rue pour effacer notre gêne.
On donne le RSA pour éviter la colère.
Dans les deux cas, on achète la tranquillité.
Et pendant ce temps, la dignité se décompose lentement —
faute d’être réclamée.
« Quand l’aide devient un droit sans devoir, elle perd sa noblesse.
Le RSA est nécessaire, mais il est devenu anesthésiant.
On achète la paix sociale au lieu d’investir dans la fierté.
🌱 Conclusion — La liberté ne se donne pas, elle s’apprendi
L’Aidisme, c’est la main qui caresse pour mieux tenir.
C’est le pouvoir déguisé en tendresse,
la morale de ceux qui préfèrent des faibles reconnaissants à des égaux debout.
On croit que l’aide élève,
mais souvent elle infantilise.
Elle entretient la dette morale, la culpabilité,
et cette vieille habitude française : attendre que l’État répare ce que l’effort pourrait transformer.
Nos dirigeants parlent d’égalité, mais distribuent la dépendance.
Ils appellent ça solidarité, mais c’est de la gestion de clientèle.
Chaque aide devient un fil de plus à la toile du contrôle.
Et pendant qu’on applaudit les bons sentiments,
la liberté, elle, s’étiole — faute d’usage.
La vraie bonté n’a pas besoin de caméra, ni de décret.
Elle agit sans témoin, sans slogan, sans subvention.
Elle ne donne pas pour briller, elle partage pour libérer.
Aider, ce n’est pas maintenir en vie.
C’est rendre vivant.
C’est transmettre le feu, pas le garde-manger.
Et s’il faut qu’on se brûle un peu,
c’est le prix de l’humanité debout.
« Aider, ce n’est pas maintenir en vie. C’est rendre vivant. »
🩶 Haïku final
Je tends ma main douce,
mais tu restes à genoux —
libère-toi, frère.
🍷 Remarque rabelaisienne
« Chez nous, on ne tend plus la main pour relever,
on la tend pour prendre la photo.
Et tant qu’on aura plus de subventions que de courage,
on confondra la charité avec la chaîne alimentaire.