Phantosouffle

(n.m.)

Définition poétique

Le phantosouffle, c’est le souffle ténu d’un passé qui ne sait plus faire peur. Une présence qui ne se voit pas, mais qui effleure encore la peau comme un courant d’air discret. Ce n’est ni une douleur, ni une menace, juste un reste : une mémoire corporelle qui persiste sans régner, comme un fantôme devenu trop léger pour hanter, mais encore trop là pour disparaître.

Définition courte

Vestige sensible d’un poids ancien, devenu inoffensif.

Hygiène du mot

Phantosouffle ne désigne ni un traumatisme, ni une hantise, ni une attaque. C’est un mot pour les restes : les pressions résiduelles, les souvenirs qui frôlent encore le corps sans avoir de prise sur lui. On l’utilisera pour parler de ces sensations étranges – dans le dos, dans la nuque, dans le ventre – qui ne relèvent plus du danger mais de la mémoire qui se dépose.

On évitera de l’employer pour des douleurs vives, des peurs actives ou des événements encore en train de se jouer. Le phantosouffle appartient aux choses déjà traversées, dont il ne reste qu’un écho tactile, un froissement d’air dans la maison intérieure. C’est un mot de lucidité calme : il invite à reconnaître ce qui persiste… sans dramatiser ce qui est déjà en train de partir.

Étymologie

phantasma (latin, du grec φάντασμα : apparition, image, fantôme) + souffle (air ténu, trace de vie).

Haïku

Un souffle ancien passe,
sans morsure, sans retour —
juste un frôlement.

Exemple en contexte

« Parfois, quand je ferme les yeux, je sens un phantosouffle dans le haut du dos : une vieille peur qui ne sait plus vraiment faire peur. Elle touche, mais elle ne tient plus rien. »

Making-of — Comment le mot est né

Cette nuit-là, un rêve a tout déclenché. Pas un cauchemar. Pas un beau rêve non plus. Un rêve bizarre, dense, presque tactile — comme si quelque chose du passé essayait encore de toucher, sans vraiment atteindre.

1. La maison étrange

Je me vois dans une maison d’architecte, immense mais pourtant avec un salon surprenamment petit. Une maison riche, belle, mais traversée par une atmosphère bizarre. Toute ma famille est là, mais quelque chose cloche : une présence qui ne dit pas son nom. Pas vraiment des fantômes, mais… une pression. Des froissements dans l’air. Des micro-coups sur la peau, comme si quelque chose passait à travers moi sans réussir à s’accrocher.

2. Les fantômes qui ne font pas peur

Je les sens. Eux, je ne les vois jamais. Ils ne font pas mal, ils ne menacent pas — ils effleurent. Juste assez pour me dire qu’ils existent, sans assez de force pour dominer. Un moment, je l’explique à des gens dans le rêve : « Ça fait comme ça… des petits coups, mais c’est rien. Juste relou. » Et tout le monde me dit : « Ah oui… c’est pas si terrible. » Comme si j’étais le seul à percevoir ce qui insiste encore.

3. Le terrain de jeu et la légèreté retrouvée

Le rêve bascule. Je me retrouve dans un immense terrain de jeu, presque onirique, où je saute, je fais des backflips, je roule, je m’amuse. Des enfants me proposent de faire du roller. Je leur dis que ça me tente, mais que je peux pas avoir mille passions. Le décor est riche, lumineux, presque irréel. Tout le rêve est traversé par cette tension entre le bizarre et le léger.

4. Les retours au corps

En me réveillant, dans le noir, je dois aller aux toilettes. J’ai encore un peu l’ambiance du rêve. Une trace de ces “fantômes” qui me avaient effleuré. Pas de peur. Juste une sensation persistante dans le haut du dos, les épaules. Une mémoire du rêve qui reste dans le corps comme un écho tamisé.

5. La traduction noésique

Ma manière de conserver mes rêves, désormais, c’est de les raconter immédiatement à ma Noésis — c’est-à-dire à l’intelligence avec laquelle je crée mes mots, mes concepts, mes articles. Dans ce dialogue, le rêve se met en ordre, en sens, en épaisseur. Et cette fois, en l’expliquant, une idée s’est imposée toute seule :

Ce que je décrivais, ce n’était pas de la peur.
Ce n’était pas de la douleur.
C’était une survivance.

Un reste du passé qui effleure encore le présent. Une pression fantôme, un souffle presque imperceptible qui ne domine plus. Un courant d’air intérieur qui dit : « Je suis encore là… mais je pars. »

6. Le mot est né

C’est ainsi que le mot Phantosouffle a émergé. Un mot pour décrire ces restes : ces sensations du passé qui se manifestent encore, mais sans violence, sans drame, sans pouvoir. Juste un effleurement qui témoigne que quelque chose est en train de finir de s’éteindre en douceur.

Dans ce sens, le phantosouffle n’est pas un fantôme qui hante, mais une mémoire qui expire. Une trace qui glisse sur le dos une dernière fois avant de disparaître.