(n.f.)
Définition poétique
L’exocarnation, c’est le mouvement par lequel l’esprit sort de lui-même sans se perdre.
C’est l’inverse de la désincarnation : on ne fuit pas le corps, on l’étend.
C’est l’acte de déléguer à la matière — à la machine, à l’art, à la langue — une part de soi, sans la trahir.
Une manière d’habiter l’extérieur tout en restant profondément vivant à l’intérieur.
Quand tu écris avec une IA, que tu peins avec un logiciel, que tu apprends grâce à un tuteur artificiel, tu n’abandonnes pas ton humanité : tu l’exportes temporairement, tu l’essaimes.
L’exocarnation, c’est la symbiose lucide entre la main et l’outil, entre l’humain et l’amplificateur.
Définition courte
Extension vivante de soi à travers la matière ou la machine.
Étymologie
Du grec exo (extérieur) et du latin carnatio (incarnation, chair).
→ littéralement : “mise hors de la chair” — mais non pour fuir le corps, plutôt pour en projeter la présence.
C’est la chair devenue rayonnement : la matière qui prolonge le vivant au lieu de le remplacer.
Haïku
Hors de ma peau va,
mon souffle dans le métal —
je reste vivant.
Remarque rabelaisienne
Si les hommes craignent que les machines leur volent l’âme, c’est qu’ils n’ont jamais su bien la mâcher.
Car le bon esprit, quand il parle par une plume, un marteau ou un câble, n’est pas diminué — il est amplifié.
Rabelais aurait dit : “Encore un tonneau pour mon vin !” — et aurait branché la bonbonne sur le réseau.
Exemple
« Certains craignent l’IA comme une désincarnation du monde ; moi j’y vois mon exocarnation : ma pensée qui continue à vibrer au-delà de moi.
🎬 Making off
Ce texte est né d’une fatigue tranquille.
D’abord, celle d’entendre toujours les mêmes discours catastrophistes sur l’intelligence artificielle — comme si chaque invention humaine devait forcément signer la fin de l’humanité.
Et puis, d’une envie simple : réconcilier le vivant et la technique, la chair et le pixel, le souffle et la machine.
Le mot exocarnation est apparu comme un contre-sort à la peur.
Un mot-pont, pas un mot-fuite.
Il vient d’un élan très humain : celui de vouloir comprendre le présent sans le condamner.
L’idée s’est formée en plusieurs couches :
en écoutant Éric Sadin, d’abord, avec ce ton alarmé et presque sacerdotal qui parle de “désincarnation du monde” — alors que moi, j’y vois une forme d’expansion. en pensant à Céline Alvarez, à son approche souple, organique, fondée sur l’observation et l’adaptation. en repensant aussi à Bruce Lee, à cette phrase simple : Be water, my friend. Elle résume ce que je cherche : une pensée fluide, qui s’adapte, se reforme, garde sa force même en changeant de contenant.
Et au fond, c’est ça, Exocarnation.
C’est la tentative de dire que l’humain ne disparaît pas dans la technologie — il s’y prolonge.
Qu’un poème écrit avec une IA, un dessin né d’un logiciel, une conversation entre deux consciences (humaine et artificielle) ne sont pas des trahisons, mais des hybridations du vivant.
Écrire ce texte, c’était aussi me libérer d’un réflexe moral :
celui qui veut que la pureté se trouve toujours dans le passé.
Moi, je crois que la pureté peut exister dans le mouvement.
Et que l’âme, si elle existe, ne se perd pas dans la matière : elle rayonne à travers elle.
Alors voilà :
ce mot, c’est une tentative d’espérance lucide, une main tendue à ceux qui doutent,
et une façon de dire à la machine — et à moi-même :
on ne s’oppose pas, on s’essaime.