Ascétude

(n.f. poétique)

Définition poétique

L’Ascétude, c’est vouloir devenir ce sage sur sa colline que plus rien n’atteint.

Pas de jalousie.
Pas de colère.
Pas de peur.
Pas de désir mal placé.

Le monde peut gueuler en bas, lui reste assis.

Très sage.

Très calme.

Très chiant.

Parce qu’à force de vouloir dépasser tout ce qui remue en nous, on peut finir par se demander ce qu’on essaie réellement de dépasser :

nos faiblesses,

ou notre humanité ?

Ton voisin gagne au Loto et tu es jaloux.

C’est moche ?

Peut-être.

Mais c’est là.

Tu peux respirer, prendre du recul et ne pas devenir un connard pour autant.

L’Ascétude commence quand, au lieu de travailler avec cette jalousie, tu prétends être devenu trop sage pour la ressentir.

L’enfant, lui, boude.

Il veut le jouet de l’autre, trouve ça injuste, tape peut-être une crise monumentale avant de partir manger un gâteau.

Ce n’est pas un modèle de sagesse.

C’est parfois un petit tyran de quatre-vingt-dix centimètres.

Mais au moins, pendant quelques secondes, ce qu’il montre ressemble encore à ce qui se passe dedans.

L’Ascétude, c’est peut-être cela :

à force de vouloir être au-dessus de ses émotions, finir au-dessus de soi-même.

Définition courte

Posture de sagesse qui prétend dépasser les émotions au point de perdre l’humain de vue.

Étymologie

De ascèse et attitude.

L’ascèse devient Ascétude lorsqu’elle cesse seulement d’être une pratique et commence à ressembler à une posture :

Regardez comme rien ne m’atteint.

Genèse du mot

Le mot m’est venu en découvrant, notamment grâce à Fabrice Midal, les premières critiques que j’entendais de certaines représentations de la sagesse stoïcienne.

Celle du moine sur sa colline.

Celle du sage devenu si maître de lui-même que la colère, la peur, la jalousie et les désirs semblent désormais appartenir aux gens restés en bas.

Dans 3 minutes de philosophie pour redevenir humain, Midal part notamment d’une phrase d’Emil Cioran :

« Il faut prendre exemple non sur les sages, mais sur les enfants. »

L’exemple du voisin qui gagne au Loto m’est resté.

Être jaloux ne fait pas de nous un sage raté.

Cela fait de nous un humain traversé par quelque chose de peu glorieux.

Le travail commence peut-être là : non pas dans le déni de cette émotion, mais dans la manière dont nous choisissons de l’écouter, de la comprendre et de ne pas lui confier les clés de la maison.

Cette rencontre avec Fabrice Midal et l’influence de son travail apparaissent aussi dans ma lettre L’art de se vendre sans se trahir.

Marc Aurèle sur la colline

En regardant Marc Aurèle depuis cette critique, je n’ai plus seulement vu la statue du sage impassible.

J’ai vu un homme obligé de s’écrire, encore et encore, comment tenir face à lui-même et au monde.

Cela m’a parfois inspiré moins d’admiration que de pitié.

Mais cette fragilité révèle aussi quelque chose : s’il avait réellement été ce sage que rien n’atteint, il n’aurait peut-être pas eu besoin de se répéter autant de maximes.

Ce qui le rend humain n’est donc pas d’avoir parfaitement dépassé ses émotions.

C’est peut-être d’avoir passé sa vie à négocier avec elles.

À ne pas confondre avec…

L’Ascétude n’est ni l’ascèse ni le stoïcisme dans leur ensemble.

L’ascèse peut être une discipline sincère. Le stoïcisme est une tradition bien plus complexe que l’image d’un homme devenu imperméable à tout.

L’Ascétude désigne leur version de vitrine : le moment où le recul devient éloignement, où le calme devient façade et où la sagesse sert davantage à paraître supérieur qu’à mieux habiter son humanité.

À l’inverse, le Ravaleur peut sentir sa colère et décider de ne pas la jeter immédiatement sur le monde.

Et l’Obscurâme rappelle qu’intégrer une part moins glorieuse de soi ne consiste ni à la nier, ni à lui obéir.

Remarque rabelaisienne

L’homme atteint d’Ascétude ne ressent plus aucune jalousie envers son voisin qui vient de gagner au Loto.

Il médite simplement très fort sur les raisons pour lesquelles ce gros con n’a toujours pas payé l’apéro.

Haïku

Le sage surplombe.
L’enfant pleure pour trois billes.
Qui des deux respire ?

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