On parle souvent au nom de la liberté d’expression.
Certains la brandissent comme un étendard, d’autres la restreignent au nom du bien.
Mais au fond, elle n’appartient à personne.
Elle n’a pas de camp, pas de drapeau, pas de parti.
C’est une respiration.
Et une respiration, ça ne se possède pas.
On peut parler de droite, de gauche, de centre — mais ces mots-là ne sont plus que des meubles d’époque dans une maison qui s’écroule.
Ceux qui en usent comme d’armures oublient que penser, c’est risquer de changer.
Et que la parole libre, c’est d’abord la parole vivante — celle qui ne récite pas un catéchisme, fût-il militant.
Je n’ai pas besoin d’être “à droite” pour défendre la vérité.
Ni “à gauche” pour défendre la justice.
Je veux seulement qu’on puisse parler sans trembler, rire sans permission, douter sans tribunal.
Parce que c’est là que la pensée respire.
La liberté d’expression, c’est un droit fragile.
Elle n’existe que tant qu’on la pratique — calmement, fermement, lucidement.
Pas en criant plus fort que les autres, mais en gardant cette obstination tranquille :
dire ce qu’on voit, ce qu’on vit, ce qu’on comprend.
Le problème n’est pas qu’il y ait des opinions différentes,
le problème, c’est qu’on ait appris à avoir peur d’en avoir.
Alors oui, parfois, il faut du courage pour être nuancé.
Parce que la nuance, aujourd’hui, c’est la vraie transgression.
Et si la liberté d’expression doit avoir un visage,
ce n’est pas celui d’un camp,
mais celui d’un esprit — libre, responsable, humain.