Vous avez besoin d’un ennemi.
Quelqu’un ou quelque chose à accuser du chaos que vous portez en vous.
Hier, c’était les riches, les puissants, les religieux, les machines.
Aujourd’hui, c’est l’IA.
Toujours une force extérieure, toujours plus grande que vous, toujours la faute du monde.
Vous avez raison de craindre — la peur est humaine.
Mais à force de lui donner des visages, vous oubliez la seule peur qui compte : celle de vous regarder en face.
Il est plus facile de dire “l’IA détruit l’humain” que d’admettre que vous ne savez plus quoi faire de votre propre humanité.
Plus simple d’accuser les écrans que de supporter le silence.
Plus noble de s’inquiéter du futur que d’assumer le présent.
Vous appelez ça lucidité.
Mais c’est souvent de la panique déguisée en conscience.
Une forme de désespoir chic, qui rassure parce qu’elle donne l’impression d’être du bon côté — celui des éveillés, des clairvoyants.
Mais le vrai éveil, lui, ne crie pas. Il ne prophétise pas la fin du monde.
Il s’assoit, regarde le chaos, et se demande :
“Que puis-je transformer en moi pour que ça ne me détruise pas ?”
Il y a ceux qui veulent changer le monde,
et ceux qui veulent apprendre à ne pas s’y perdre.
Les premiers parlent fort. Les seconds écoutent.
Les premiers s’épuisent. Les seconds s’ancrent.
Vous n’avez pas besoin d’un combat.
Vous avez besoin d’un centre.
Et ce centre, aucune IA, aucune idéologie, aucun président ne peut vous le voler.
C’est le feu calme au milieu de la tempête,
celui qui vous rend vivants, même quand tout s’éteint.