Pas d’orgueil

Pas d’orgueil est ma deuxième chanson dans cette veine de clash. Je voulais me moquer, frapper un peu, mais il y avait déjà autre chose derrière : un début de conseil. Pas forcément tendre, pas forcément agréable à entendre, mais concret.

Avant de te plaindre, de parler plus fort ou de revendiquer une hauteur morale, commence par vérifier les bases.

Le clash comme conseil

Le refrain résume l’idée : tu ne peux pas te permettre d’avoir de l’orgueil. Ce n’est pas une condamnation définitive de la personne. C’est une manière volontairement brutale de rappeler qu’on ne peut pas réclamer la médaille avant d’avoir commencé l’entraînement.

Je vois parfois des gens dire qu’ils sont épuisés. Je leur demande simplement : est-ce que tu dors correctement ? La réponse est non. Alors commençons déjà par là. Plus tard, on pourra parler des cycles du sommeil, du rythme, de l’alimentation, de l’environnement ou de tout ce qui complique réellement la situation. Mais on n’en est même pas encore là : le premier appui manque.

Cette logique vaut ailleurs. On peut dénoncer les chaînes tout en aimant sa laisse, parler de lucidité sans quitter son écran, vouloir bâtir un futur en repeignant seulement les fissures. Les problèmes peuvent être réels ; cela n’empêche pas de regarder ce qui dépend immédiatement de nous. Le morceau se place précisément dans cet écart entre les grands discours et les gestes élémentaires.

Une bienveillance cruelle

La voix annonce qu’elle ne va pas crier et qu’il faut prendre la suite comme un conseil. Évidemment, c’est ironique : tout le morceau est construit comme une gifle polie. Mais cette « bienveillance cruelle » n’est pas seulement là pour humilier. Elle cherche un point d’appui. Si tu ne peux pas encore viser la lune, regarde au moins où tu poses le pied.

C’est aussi une forme d’autocritique. Quand je prépare une vidéo ou une réponse, j’essaie d’anticiper les objections, de voir mes propres faiblesses et de garder quelques cartouches. Pourtant, certains commentaires restent à un niveau tellement faible sur la forme qu’ils sortent même de ce que j’avais prévu. Il faut alors réussir à rebondir sur leur faiblesse sans perdre le fil.

C’est ce que j’appelle le Rebound Effect : absorber ce qui arrive, le replacer dans le rythme et continuer à construire. L’article Je n’avais pas 43 minutes à perdre montre un exemple concret de ces échanges et de la manière dont un commentaire peut finalement nourrir une réflexion plus large.

Pas d’orgueil ouvre donc doucement l’arc VNR : la colère y devient satire, la satire devient méthode, et la moquerie sert parfois à rappeler qu’avant les grandes théories, il reste encore des bases à poser.

La même impatience apparaît déjà dans Longueur d’avance, où le narrateur oppose directement celui qui travaille à celui qui transforme sa pose en discours.

Paroles

Intro

Écoute bien, j’vais pas crier, j’vais t’expliquer…
Ça va faire mal, mais prends ça pour un conseil.
C’est pas de la haine, c’est juste la vérité.

Couplet 1 — Gouffre et déni

Vous grattez le vernis en pensant trouver l’or,
Mais dessous c’est du plastique, du toc, du décor.
Vous jouez les lucides mais vous lisez des fables,
Vos maîtres vous vendent des mensonges rentables.

Tu dénonces les chaînes mais t’aimes bien ta laisse,
Tu cries à l’injustice mais tu nourris l’adresse.
Tu dis qu’t’es conscient mais tu mates que l’écran,
Ton reflet t’efface chaque fois qu’tu mens.

Tu peux pas grimper, t’as pas d’appui,
Tu pédales dans l’vide en croyant qu’tu fuis.
Tu fixes le doigt, moi j’vise le ciel,
Y’a un gouffre entre nous et c’est officiel.

Refrain

Tu peux pas t’permettre d’avoir de l’orgueil,
Ton miroir t’efface quand tu passes le seuil.
S’il te plaît, ouvre au moins un œil,
Parce que vraiment — pas d’orgueil — non, pas d’orgueil.

Couplet 2 — Bienveillance cruelle

J’vais t’parler, prends doucement ça pour un conseil,
Mais chaque pas qu’tu fais, tu r’cules sous ton propre soleil.
Tu crois qu’tu t’élèves, mais tu tournes en rond,
Ton plafond de verre, c’est même pas du béton.

S’il te plaît, ouvre au moins un œil,
J’te demande pas deux, arrête de parler d’orgueil,
T’as pas l’niveau, c’est honteux.
T’appelles ça un combat ? Mais t’frappes dans l’vide,
J’te laisse gesticuler, ton courage est timide.

Moi j’pose des bases, toi tu griffonnes des murs,
Tu r’peins des fissures en croyant bâtir un futur.
Comprends bien p’tit frère, j’te le dis sans rancune :
T’auras jamais la lune tant qu’tu confonds doigt et lune.

Refrain

Tu peux pas t’permettre d’avoir de l’orgueil,
Ton miroir t’efface quand tu passes le seuil.
S’il te plaît, ouvre au moins un œil,
Parce que vraiment — pas d’orgueil — non, pas d’orgueil.

Couplet 3 — Dernier effort

Faites un effort, parce que moi j’vous supporte,
Mais chaque mot que vous crachez ferme une porte.
Vous croyez qu’j’suis dur ? C’est même pas mon verdict,
C’est la nature elle-même qui soupire : « c’est tragique ».

Même la terre ploie sous vos cris inutiles,
Vos pas sonnent creux, vos échos sont futiles.
Moi j’vous explique, mais la forêt sature,
Le vent se détourne, l’océan vous nature.

Refrain final

Tu peux pas t’permettre d’avoir de l’orgueil,
Tu peux pas t’permettre d’avoir de l’orgueil.
S’il vous plaît, ouvre au moins un œil,
Parce que vraiment — pas d’orgueil — non, pas d’orgueil.

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