La cuisine du Chant des Mots

Ou comment j’ai encore raté un clash.

Il faut que je vous avoue quelque chose.

Encore une fois, je voulais juste clasher quelqu’un.

Je lisais un poème sur Reddit.

Au bout de quelques vers, je serrais déjà les dents.

Pas le petit agacement du lundi matin.

Non.

Le vrai.

Celui qui vous fait penser :

« Mais ce n’est pas possible… »

Je ne suis pas quelqu’un de particulièrement patient.

Quand je lis un texte qui me paraît prétentieux, plat ou simplement mal construit, je n’ai pas une illumination philosophique.

J’ai envie de lui mettre un taquet.

Une remarque rabelaisienne.

Le genre de phrase qui pique suffisamment pour qu’on s’en souvienne.

Bref…

Une journée parfaitement normale.

Puis, comme souvent, je me suis arrêté.

Parce qu’à force de faire ça, je me pose toujours la même question.

Est-ce que j’aurais fait mieux ?

Et c’est souvent là que les choses deviennent intéressantes.

Le clash commence à disparaître.

L’atelier apparaît.


Pourquoi ce mot ?

Le poème parlait d’un dictionnaire.

À un moment, il citait Rome.

Puis Athènes.

Puis Kant.

Et je me suis demandé :

Pourquoi Rome ?

Pas parce que je voulais vérifier si l’auteur connaissait l’histoire romaine.

Mais parce qu’un mot n’est jamais seulement un mot.

Quand j’entends Rome, je ne lis pas cinq lettres.

Je vois des routes.

Des légions.

Le latin.

Les aqueducs.

Les empereurs.

Les gladiateurs.

Le droit.

Une civilisation.

Rome est déjà une histoire.

Alors si je l’invite dans un poème…

…je veux qu’elle fasse quelque chose.

Sinon, autant écrire :

« Paris ».

Ou « Mars ».

Ou « le Mordor ».

Si le récit ne change pas…

Alors le mot n’était qu’une décoration.

Et c’est exactement ce qui me fait serrer les dents.

Pas les références.

Les références gratuites.


La batte de baseball

Le cinéma m’a appris quelque chose.

Si un réalisateur montre une batte de baseball au début d’un film…

…je sais qu’elle servira plus tard.

Sinon…

Pourquoi me l’avoir montrée ?

Les mots fonctionnent exactement de la même manière.

Pourquoi cette pluie ?

Pourquoi ce bourdon ?

Pourquoi cette couleur ?

Pourquoi Rome ?

Pourquoi cette rime ?

Chaque élément devrait participer à la trame.

Sinon, il devient un accessoire.

Ou pire…

Du fan service.


Le gigot

C’est là que je me suis rappelé Rabelais.

Et je me suis dit que finalement…

Écrire ressemble beaucoup plus à cuisiner qu’à disserter.

On peut acheter le meilleur gigot.

Les meilleurs légumes.

Le meilleur vin.

Les plus belles épices.

Si le gigot reste cru…

Vos invités feront la gueule.

Le problème n’est pas le gigot.

Le problème, c’est qu’il n’a jamais été cuisiné.

Les références sont des ingrédients.

Pas un repas.

Rome n’est pas un repas.

Kant non plus.

Le dictionnaire non plus.

Ils ne cuisinent rien à votre place.

À vous de leur donner une raison d’être.


Le grain de sel

Puis viennent les dernières retouches.

Le petit grain de sel.

Le fameux grain de riz de Mulan.

Le remous.

Le « ride ».

La virgule déplacée.

Le mot remplacé.

Ces petites choses ne sauvent jamais un mauvais poème.

Mais elles révèlent souvent un bon poème.

Comme le sel.

Il ne transforme pas un mauvais plat.

Il révèle celui qui était déjà bon.


La profondeur

Je crois qu’on se trompe souvent de profondeur.

On pense qu’elle se cache dans les mots compliqués.

Les grandes références.

Les concepts.

Je ne crois pas.

La profondeur…

…c’est ce qui continue de vivre après la première lecture.

Un poème peut être très simple.

Et pourtant ouvrir plusieurs portes.

Un autre peut citer Kant, Rome, Athènes, mille mots rares…

…sans jamais quitter la surface.

Les grands mots donnent parfois une impression de profondeur.

Les grandes images, elles, donnent plusieurs lectures.

La profondeur ne s’annonce pas.

Elle se découvre.


Le poème est parfois plus intelligent que son auteur

Pendant longtemps, je croyais qu’il fallait savoir où un texte allait.

Aujourd’hui, je crois presque l’inverse.

Je commence souvent par une colère.

Une pique.

Une mauvaise blague.

Une envie de répondre.

Puis j’écris.

Et je regarde ce qui se passe.

Le texte change.

Moi aussi.

Je pensais écrire un clash.

J’ai écrit un principe.

Je pensais parler d’une voiture.

J’ai parlé de la mémoire.

Je pensais écrire sur un bourdon.

J’ai fini par écrire sur la création.

Le premier jet n’est pas une conclusion.

C’est une conversation.

Je ne cherche plus seulement à écrire.

J’essaie de comprendre ce que je suis en train d’écrire.


Les bonnes questions

Je ne crois pas aux recettes.

Je crois aux principes.

Comme aux échecs.

Les grands joueurs connaissent les principes.

Puis, un jour, ils apprennent quand les casser.

Comme en peinture.

Il y a toujours ce professeur qui vous répète :

« Attention aux valeurs. »

Ou Mulan qui rappelle :

« Un seul grain de riz peut faire la différence. »

Ces phrases restent.

Elles deviennent des réflexes.

Les principes du Chant des Mots cherchent exactement cela.

Pas vous dire quoi écrire.

Vous aider à regarder autrement.

Alors, quand j’écris, je me pose souvent quelques questions.

Pourquoi est-ce que j’écris ce texte ?

Pour me vider ?

Pour raconter une histoire ?

Pour faire rire ?

Pour transmettre quelque chose ?

Pour impressionner ?

Puis viennent les autres.

Pourquoi ce mot ?

Pourquoi cette image ?

Pourquoi cette référence ?

Pourquoi ce silence ?

Pourquoi ce poème existe-t-il ?

Je ne trouve presque jamais toutes les réponses au début.

Je les découvre en avançant.


Pourquoi tout ça ?

Je pourrais continuer à râler.

Croyez-moi.

Je suis très doué pour ça.

Et je pense que la médiocrité est contagieuse.

Pas parce que les gens sont idiots.

Parce qu’on finit par trouver normal ce qu’on voit tous les jours.

Alors j’essaie de faire autre chose.

Quand un texte m’agace, je peux écrire un commentaire.

Ou je peux me demander :

Pourquoi est-ce qu’il m’agace autant ?

À partir de là, je commence à apprendre.

Sur lui.

Mais surtout…

Sur moi.

Et petit à petit, mes coups de gueule deviennent des principes.

Mes agacements deviennent des exercices.

Mes clashs deviennent des articles.

C’est peut-être ça, au fond…

Ma misanthropie féconde.

Je ne crois pas que les mauvais poèmes soient une catastrophe.

Je crois qu’ils sont parfois d’excellents professeurs.

À condition d’accepter de se poser une dernière question.

Et moi… qu’est-ce que j’aurais fait à la place ?

Tu m’envoies ta matière.
Je la lis attentivement.

Si je peux t’aider, je te propose un cadre et un tarif adaptés.
Rien n’est engagé avant ton accord.

Même trois lignes suffisent. Ce que tu écris parle déjà pour toi.
Obligatoire : ❌ NON
Obligatoire : ❌ NON
Obligatoire : ❌ NON
Obligatoire : ✅ OUI
Obligatoire : ❌ NON