Une idée rencontre quelqu’un.
Parler à l’humain, ici, ne consiste pas à rendre une idée plus jolie ou plus facile à accepter.
C’est se souvenir qu’elle rencontrera quelqu’un.
Une théorie peut être juste et ne rien déplacer.
Une lettre, une chanson ou une scène peuvent parfois ouvrir un passage qu’aucun raisonnement ne savait trouver.
Les œuvres ne sont pas de simples exemples posés autour des idées.
Elles portent des voix, des blessures, des contradictions et des manières de tenir dans le monde.
Au Chant des Mots, parler à l’humain consiste à laisser dialoguer :
- la pensée et l’émotion ;
- les mythes et la vie ordinaire ;
- l’humour et le tragique ;
- la lucidité et la tendresse ;
- la parole publique et l’adresse intime.
Parce qu’une idée change lorsqu’elle cesse de parler à tout le monde et commence à parler à quelqu’un.
Les lettres occupent ici une place particulière.
Elles ne cherchent pas seulement à convaincre.
Elles reconnaissent une présence de l’autre côté du texte.
Celui qui va à la rencontre, c’est aussi moi
Pour rencontrer l’autre, j’ai aussi à me rencontrer moi-même : reconnaître ce qui me touche, ce que j’attends, ce que je crains, et apprendre à accueillir celui que je découvre. C’est le mouvement de la Narcimorphose. J’arrive avec une histoire, des besoins et un regard. L’Altéromirage interroge cette part de moi jusque dans ce que je donne. La reconnaître aide à mieux voir ce que j’apporte et la place que je laisse à l’autre. Puis la rencontre me renvoie quelque chose : le travail continue dans les deux sens.
On rencontre des gens, et tout ce qui bouge en eux
Les autres m’agacent souvent. Ils m’inspirent aussi. C’est la tension de ma Misanthropie féconde : j’ai besoin de ces rencontres, jusque dans ce qui me résiste. En expliquant quelque chose, je découvre parfois ce que je maîtrise, ce qui pêche et ce que je cherchais encore à dire. La réponse de l’autre ouvre une configuration que je n’avais pas imaginée.
Apprendre à connaître quelqu’un, c’est aussi découvrir comment ses tendances rencontrent les situations. Sa minutie peut être précieuse dans une tâche exigeante et devenir épuisante lorsqu’elle veut régler toute la vie du bureau. Sa souplesse peut ouvrir une solution, puis laisser quelqu’un d’autre ramasser ce qui traîne. On retrouve parfois les qualités de ses défauts, selon le moment, l’intensité et les personnes en présence.
Et je suis dans le lot. J’ai mon sensible, mon beauf, mon joueur compétiteur, mon inquiet, mon guerrier, mon troubadour et mon lâche. Toute la troupe arrive avec moi ; elle ne prend pas toujours la parole dans le même ordre. Ceux que j’aime peuvent eux aussi être géniaux ou insupportables au fil d’une journée.
Ce sont des humeurs qui se rencontrent, des tendances qui fluctuent. J’y retrouve ce que je cherche avec la fluctuance : apprendre à naviguer avec ce mouvement. Parler à l’humain, c’est vouloir découvrir qui est là, garder de la place pour la surprise et voir ce que cette rencontre déplace en nous.
Écrire pour accueillir quelqu’un nous oblige aussi à découvrir ce que nous avons à lui offrir. Dans ses ateliers, Omar Youssef Souleimane propose aux élèves une lettre à un nouvel arrivant : présenter un lieu, lui faire une place, imaginer quelque chose ensemble. La culture fait-elle encore pousser ? prolonge cette rencontre entre les mots, la transmission et le pouvoir d’agir.
Pour aller plus loin
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De Shrek à Kaamelott, une réflexion sur le récit, l’amour, le mensonge et le rire comme manières humaines de tenir dans un réel qui ne livre pas toujours son sens.
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Un texte contre l’économie du scroll, pour retrouver les regards, les silences et les instants qui ne cherchent rien à vendre.
Lettre d’Écho — Aux fatigués des humains
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Molière, Rosa Parks, Spinoza, Mandela et Luther King : plusieurs figures pour rappeler que la vérité peut réveiller par le rire, le courage ou la réconciliation.
Cette page n’est pas une démonstration.
C’est une voix qui cherche une autre voix de l’autre côté du texte.