J’utilise ce terme depuis quelque temps sans vraiment le définir. Et si je commence à balancer du jargon flou en supposant que tout le monde voit exactement ce que j’ai dans la tête… je finirai peut-être par ressembler un peu à ce que je critique.
Alors allons-y gaiement pour cette joyeuse précision.
J’en parle notamment dans cet article : Je n’avais pas 43 minutes à perdre.
Par théâtre cathartique, j’entends une mise en scène politique ou intellectuelle qui cherche moins à comprendre le réel qu’à produire un soulagement émotionnel chez ceux qui la regardent.
On prend quelques faits. Quelques chiffres. Quelques extraits. Puis on les agence dans une pièce déjà écrite à l’avance.
Et à la fin, le spectateur ressort avec cette sensation douce et confortable : « Voilà. On avait raison depuis le début. »
Le problème n’est pas l’émotion. Une colère peut être juste. Une indignation peut être sincère.
Le problème commence quand l’émotion remplace l’analyse. Quand les faits ne servent plus à explorer le réel, mais uniquement à nourrir une scène morale où chacun connaît déjà son rôle.
Et c’est souvent là qu’entrent en jeu deux mécanismes que j’ai déjà décrits ailleurs : le monocadre et la scolostase.
Le monocadre, c’est la grille unique qui explique tout.
La scolostase, c’est le moment où cette grille devient rigide, bien présentée, presque savante… mais ne cherche plus réellement.
Le théâtre cathartique naît quand ces deux mécanismes deviennent spectacle.
Le monocadre donne l’ennemi. La scolostase donne le vernis intellectuel. Et le théâtre cathartique donne au public la sensation d’avoir compris le monde sans avoir besoin de trop le traverser.
Remarque rabelaisienne : certaines analyses sont si fermées qu’un pet de réel aurait du mal à y circuler.
Autre remarque rabelaisienne : parfois, ce n’est plus une enquête. C’est une séance de massage moral avec PowerPoint.
Le théâtre cathartique n’est donc pas forcément un mensonge total.
C’est souvent plus subtil que ça :
des morceaux de vrai montés de manière à empêcher le réel de répondre.