Et si la conscience n’était pas un “mystère magique” ni une simple fonction du cerveau, mais une sphère vivante, traversée de couches, de mouvements, de styles et de portes d’accès ? Le modèle noétique propose une carte simple et profonde pour mieux habiter ce qui nous traverse.
En 30 secondes : c’est quoi, ce modèle ?
Le modèle noétique décrit la conscience comme une sphère vivante à quatre axes :
- Les Couches : les différents niveaux de conscience (du ressenti brut à la méta-conscience).
- Les Dynamiques : les mouvements internes (expansion, contraction, oscillation, etc.).
- Les Styles : ta manière naturelle de traiter le réel (linéaire, vibratoire, imaginal, affectif, analytique).
- Les Portes d’accès : les façons concrètes d’entrer dans ta sphère (mouvement, sens, relation, méditation, imaginal).
Autour de ça, deux idées-clés : la distorsion (tout ce qui tord la sphère : traumas, biais, surcharge) et le Vibrapole (la tension vivante entre pôles, qui peut harmoniser ou désaccorder ton esprit).
Ce modèle ne prétend pas “rivaliser” avec les théories neuroscientifiques. Il propose surtout un modèle noétique pour décrire finement ce qu’on vit, et des appuis concrets pour mieux se comprendre soi-même et les autres.
La Sphère noétique en un coup d’œil

Imagine ta conscience comme une sphère :
- Elle a des couches (comme des strates, du ressenti brut jusqu’à la méta-conscience).
- Elle est traversée de mouvements (ouvertures, fermetures, bascules, dissolutions…).
- Elle a une signature (un style dominant, une “texture” mentale propre).
- Et elle s’active par différentes portes (corps, sens, relation, silence, imaginaire).
La noésis – au sens où je l’emploie dans mon noésy– désigne la capacité à penser le sens de ce qui nous traverse, à faire de la conscience autre chose qu’un simple flux automatique : une activité de discernement vivant.
Axe 1 : les huit couches de la conscience

Les couches, c’est la structure verticale de la Sphère noétique. On ne vit pas tout le temps à tous les étages. On monte, on descend, on saute parfois une marche. Voici une version simplifiée des huit couches :
- C1 – Sentience : le ressenti brut. Chaleur, froid, tension dans le ventre, plaisir, douleur.
Exemple : tu reçois un message sec – ton corps réagit avant que tu aies mis des mots dessus. - C2 – Attention : ce que tu vis se détache du reste. Tu remarques quelque chose.
Exemple : “Tiens, ce message me serre un peu la poitrine.” - C3 – Auto-présence : tu sais que tu es là, que “ça t’arrive à toi”.
Exemple : “Je me sens touché, là, maintenant.” - C4 – Réflexence : ta capacité à te régler sur l’autre, ressentir comment lui parler sans l’écraser (voir le néologisme réflexence).
Exemple : tu sens que si tu réponds frontalement, l’autre va se braquer – tu ajustes ta réponse. - C5 – Considérance : la bienveillance 2.0, lucide, qui prend en compte la personne, son histoire, ses fragilités, sans la moraliser (cf. considérance).
Exemple : tu te rappelles le contexte de l’autre, sa fatigue, sa situation – tu ne réduis pas le message à une attaque. - C6 – Narration : tu te racontes ce qui se passe. Tu tisses une histoire, avec un “je” dedans.
Exemple : “Il ne me respecte jamais”, “Je suis trop susceptible”, “C’est toujours pareil au travail”. - C7 –noésy: tu prends du recul sur la narration elle-même. Tu cherches le sens profond, tu vois les schémas, tu fais des liens.
Exemple : “En fait, ce message réveille une vieille blessure… ce n’est pas que lui.” - C8 – Méta-conscience : tu observes l’ensemble du processus – ton ressenti, ton histoire, ta façon de réagir.
Exemple : “Je vois comment je fonctionne en ce moment. Est-ce que j’ai envie de continuer comme ça ?”
La plupart du temps, on oscille entre C1 et C4. Le modèle n’est pas là pour juger, mais pour t’offrir une cartographie : savoir où tu te trouves te donne déjà un levier.
Axe 2 : les six dynamiques (les mouvements de la sphère)

Les dynamiques, c’est le souffle de la Sphère noétique. Deux personnes peuvent avoir les mêmes couches disponibles, mais des dynamiques très différentes : l’une se ferme dès qu’elle a peur, l’autre s’ouvre et cherche du sens.
- Expansion : tu t’ouvres, tu explores, tu embrasses plus large.
Exemple : tu lis, tu demandes, tu observes, tu laisses entrer des perspectives nouvelles. - Contraction : tu te replies, tu te focalises, tu protèges ton noyau.
Exemple : stress, deadline, fatigue – tu resserres sur “faire ce qu’il faut pour tenir”. - Oscillation : tu vas et viens entre deux états, parfois douloureusement, parfois de façon intégratrice.
Exemple : tu passes du rire aux larmes en thérapie ou après une discussion profonde. - Inversion : basculement de perspective. Le sens change de polarité.
Exemple : “Je suis victime de tout” devient “Je participe à mes choix – même passivement”. - Dissolution : les repères habituels se dissolvent.
Exemple : expérience de flow, de méditation profonde, d’ego qui se fait plus silencieux (ou, côté ombre, crise de panique). - Co-résonance : deux sphères vibrent ensemble. Être “sur la même longueur d’onde”.
Exemple : conversation où tu te sens compris sans effort, ou au contraire contaminé par l’anxiété de l’autre.
Ces dynamiques expliquent pourquoi, à contenu identique, une situation peut ouvrir chez quelqu’un et fermer chez un autre. Le modèle ne dit pas “ce qui est bien”, mais il t’aide à voir comment tu bouges à l’intérieur.
Axe 3 : les cinq styles (la signature de ton esprit)

Le style, c’est la texture de ton esprit. Ta façon spontanée de “t’accrocher au réel”. Dans le modèle noétique, on distingue cinq grandes signatures :
- Linéaire : tu avances étape par étape, tu aimes les plans clairs.
Force : structure, fiabilité.
Piège : rejeter ce qui n’est pas rangé, mépriser l’intuition. - Vibratoire : tu captes d’abord l’ensemble, l’ambiance, la vibration globale (cf.vibrapensée).
Force : vision d’ensemble, intuition fine, liens inattendus.
Piège : difficulté à expliquer “logiquement”, impression d’être “dans le flou” pour les autres. - Imaginal : tu penses en images, en scènes, en symboles.
Force : créativité, métaphores puissantes, capacité à ré-enchanter le réel.
Piège : se perdre dans l’imaginaire, fuir le concret. - Affectif : tu passes par le cœur. Les tonalités émotionnelles te guident.
Force : empathie, profondeur relationnelle.
Piège : confondre résonance émotionnelle et vérité objective. - Analytique : tu découpes, tu compares, tu modèles.
Force : discernement, précision conceptuelle.
Piège : sur-intellectualiser, se couper du corps et des émotions.
Personne n’est “que” vibratoire, linéaire ou imaginal. Mais reconnaître ton style dominant t’aide à comprendre pourquoi tu ne fonctionnes pas comme les autres… et pourquoi ils ne fonctionnent pas comme toi.
Axe 4 : les cinq portes d’accès (comment tu entres dans ta sphère)

Les portes d’accès, ce sont les gestes concrets qui te permettent d’entrer dans ta sphère ou de changer d’étage. Dans ce modèle, il y en a cinq :
- Kinesthésique : le mouvement du corps.
Exemple : marcher, ranger, faire la vaisselle, aller à la salle – pour beaucoup, c’est en bougeant qu’on pense mieux. - Sensorielle : les sens (sons, odeurs, textures, lumière).
Exemple : mettre une musique précise pour écrire, allumer une bougie, s’envelopper dans un plaid. - Sociale : la relation à l’autre.
Exemple : parler à quelqu’un qui t’écoute vraiment, sentir que ton esprit s’éclaire en expliquant. - Méditative : ralentir, respirer, se poser.
Exemple : quelques minutes de silence, d’observation du souffle, de prière ou de présence nue. - Imaginale : l’accès par l’imaginaire.
Exemple : se raconter une scène, visualiser un chemin, passer par un symbole, un paysage, un personnage intérieur.
Chacun a ses portes privilégiées. Le modèle noétique t’invite à les reconnaître pour ne plus subir tes états, mais apprendre à les visiter, les traverser, les transformer.
La distorsion : quand la sphère est tordue

La distorsion, c’est tout ce qui courbe la Sphère noétique : traumas, croyances rigides, fatigue chronique, surcharge d’informations, éducation anxieuse…
Concrètement, ça peut donner :
- Une couche presque inaccessible (par exemple, la méta-conscience qui s’éteint dès qu’une émotion forte arrive).
- Une dynamique figée (toujours en contraction, ou toujours en expansion sans limites).
- Un style hyper-dominant qui colonise tout (par exemple, l’analytique qui dissèque même les moments intimes).
- Des portes quasi fermées (impossible de se poser, d’entrer par le corps, ou de se laisser toucher par l’imaginaire).
La distorsion n’est pas un “bug moral”. C’est l’empreinte de ton histoire. Le modèle noétique ne sert pas à te juger, mais à te donner des points d’appui pour voir où ça tord, et comment tu peux, petit à petit, remettre du jeu, de la souplesse.
Le vibrapole : la tension vivante entre les pôles
Le vibrapole, dans mon univers, c’est l’idée que nous vivons toujours dans une tension entre pôles : ordre et chaos, élan et survie, ouverture et protection…
Dans la Sphère noétique, le vibrapole joue le rôle de régulateur interne :
TLa Sphère noétique n’est pas une vérité révélée. C’est une carte, née de croisement entre philosophie, observation de soi, accompagnement des autres, et tout un travail autour de la noésy et de la vibrapensée.
- Il peut rendre la distorsion plus rigide (quand on s’agrippe à un seul pôle).
- Ou au contraire introduire une vibration juste entre les deux (quand on accepte que la vie, c’est du mouvement).
Là encore, l’idée n’est pas d’atteindre une “pureté” abstraite, mais une juste tension – celle où tu peux continuer à penser, sentir, choisir, sans t’écraser toi-même ni écraser les autres.
Comment utiliser ce modèle dans ta vie quotidienne ?
Quelques pistes très simples pour que la Sphère noétique ne reste pas qu’un joli schéma.
1. Nommer où tu es
Quand quelque chose te secoue, pose-toi la question : “Je suis à quelle couche là ? Je suis dans quelle dynamique ?” Rien que ce geste ramène un peu de noésis dans le chaos.
2. Varier les portes
Si tu tournes en rond dans ta tête, essaye une autre porte d’accès : bouger, écouter de la musique, appeler quelqu’un, te poser en silence, ou passer par l’imaginaire. Tu verras que la sphère ne réagit pas pareil.
3. Reconnaître ton style… et celui des autres
Si tu es très vibratoire et que l’autre est très linéaire, vous n’êtes pas “incompatibles” : vous habitez juste la sphère différemment. Le modèle aide à dépersonnaliser certains conflits.
4. Apaiser la distorsion
Voir qu’une réaction vient d’une distorsion (d’un passé douloureux, d’une croyance rigide) permet d’arrêter de se traiter comme un “problème”. On passe de “je suis cassé” à “ma sphère est chargée ici – et je peux apprendre à la détordre”.
Conclusion : un modèle ouvert, pas un dogme
Si elle t’aide à mettre des mots sur ce que tu vis, à te sentir un peu moins perdu dans tes propres états, alors elle a rempli son rôle. Elle est ouverte, discutable, améliorable.
Tu peux la critiquer, la compléter, l’utiliser en thérapie, en pédagogie, en création… Elle a été conçue pour ça : offrir une architecture vivante à ceux qui refusent autant le mysticisme flou que le réductionnisme sec.
Le Chant des Mots continuera de la faire évoluer. Si tu t’en sers, si tu la transmets, fais-le en conscience : en ton nom, avec ta propre sphère, ta propre vibration.
V. Les Modes Noétiques — la vie réelle de la conscience

Les couches forment la structure de la conscience. Mais ce que nous vivons réellement, ce sont des modes : des configurations dynamiques, des mélanges temporaires de plusieurs couches. Un mode est une combinaison active de processus noétiques — c’est la conscience en mouvement.
- Mode intuitif — Sentience + Attention qualitative + Auto-présence minimale : l’émergence d’une idée sans logique formelle.
- Mode narratif — Auto-présence + Narration + Vibrapole : rejouer son histoire intérieure, fabriquer du sens, se rassurer.
- Mode réactif — Sentience + émotion brute + absence de réflexence : l’état de survie, de réaction instinctive.
- Mode clair — Attention + Réflexence + Noésis légère : conscience lucide, simple, non confondue.
- Mode de révélation — Révérence + auto-présence + réflexence douce : le moment où quelqu’un se découvre sans effort, sans défense.
Les Modes rendent la Sphère Noétique vivante, respirante, humaine. Ils permettent d’expliquer pourquoi on ne vit jamais “dans une couche”, mais toujours dans un état, une tension, une couleur intérieure.
VI. La Révérence — Le miroir qui n’écrase pas

Révérence
La Révérence n’est pas seulement l’art de tenir un miroir sans blesser. Elle consiste à créer un espace sûr, non intrusif, dans lequel l’autre peut, s’il le souhaite, se découvrir lui-même — sans être jugé ni forcé.
Dans la Sphère Noétique, la Révérence n’est ni une couche, ni un axe. C’est une dynamique relationnelle : un geste invisible qui rend la transformation intérieure possible. Elle assouplit le Vibrapole, active la Réflexence, permet la Noésis et ouvre les modes de Révélation.
En stabilisant la relation et en apaisant les défenses, la Révérence offre un cadre où la conscience peut respirer, se voir, et se métamorphoser.