On parle beaucoup de “la conscience”. Tellement que le mot finit par ne plus rien vouloir dire. Cet article propose une chose simple : arrêter de tout mélanger et redonner une architecture claire à ce mot central.
La conscience n’est pas un bouton : c’est une architecture
Il n’y a pas “la conscience” d’un côté et “l’inconscience” de l’autre, comme un interrupteur ON/OFF. Il y a plusieurs façons d’être présent au monde.
Huit, pour être précis. Simples, lisibles. Et chaque couche existe indépendamment des autres.
- Avoir une seule couche suffit pour être conscient.
- Les animaux en ont plusieurs.
- Les humains aussi… mais pas toujours les plus élevées.
- On navigue entre ces couches toute la journée sans s’en rendre compte.
1 — Sentir : la base de tout
C’est la sentience. Le fait qu’il y ait “quelque chose”. Une lumière, une chaleur, une douleur, un frisson, une émotion brute.
Même un chat l’a. Même un insecte, peut-être. C’est la conscience minimale, mais déjà une vraie conscience.
2 — L’attention : ce vers quoi la conscience se tourne
Tu ressens mille choses, mais tu n’en vois qu’une. L’attention choisit. Elle décide ce qui passe au premier plan.
Cette direction est une forme de conscience à part entière : la conscience de quelque chose.
Un chat l’a. Un chien l’a. Tous les animaux dotés de vision ou d’audition avancée l’ont.
3 — La petite lumière interne : savoir qu’on est là
C’est discret. Presque timide.
C’est quand tu sens :
- « Je suis en train de vivre ça. »
- « Je suis présent. »
Important :
Ce n’est pas encore réfléchir à soi. Pas de psychologie, pas de jugement. Juste la petite lampe qui s’allume et dit : « Je suis là. »
Un chien l’a probablement. Certains animaux aussi.
4 — La réflexence : s’ajuster finement à quelqu’un
La réflexence, c’est ce qui se passe quand :
- tu sens que quelqu’un est fragile,
- tu adaptes ton ton,
- tu ne veux pas le casser,
- tu te synchronises légèrement à lui.
Ce n’est pas « ressentir comme lui ». C’est plus fin :
je sens comment te parler.
Les chiens font ça très bien. Ils lisent nos états, ajustent leur comportement. C’est déjà une forme avancée de conscience relationnelle.
5 — La considérance : tenir compte de l’histoire de l’autre
Ici, tu ne réponds pas seulement à l’état du moment. Tu tiens compte de son passé, de sa personnalité, de sa fatigue, de son parcours.
Tu ne parles pas pareil à :
- un ami qui sort d’un trauma,
- un collègue très confiant,
- un enfant sensible.
C’est une conscience relationnelle élargie. La plupart des humains l’ont… mais pas tout le temps.
6 — La narration : mettre des mots sur ce qui nous arrive
Là, la conscience devient un récit.
- « Voilà ce qui m’est arrivé. »
- « Je me sens comme ça. »
- « L’histoire de ma journée, c’est ça. »
Le langage entre en jeu. L’expérience devient racontable. On peut la partager.
C’est ici que beaucoup de gens croient que la conscience commence. En réalité, c’est seulement la sixième couche.
7 — La noésis : comprendre le paysage
Ce n’est plus seulement raconter. C’est comprendre.
Tu vois les schémas. Tu comprends le sens global. Tu connectes les morceaux.
La noésis, c’est la conscience qui met les choses en ordre, qui voit le paysage au-delà des événements séparés.
8 — La méta-conscience : sentir comment tu fonctionnes
C’est la couche la plus rare, la plus exigeante.
Tu observes ton propre fonctionnement :
- « Je suis en train de m’énerver. »
- « Je suis injuste là. »
- « Je me mens à moi-même. »
- « Je me ferme. »
- « Je m’ouvre. »
C’est la conscience de la conscience : la corde interne dont on sent la tension, la vibration, l’état.
Résumé éclair : situer tout le monde
Selon ce modèle :
- Un chat : couches 1, 2, 3
- Un chien : couches 1, 2, 3, 4 (et parfois un peu de 5)
- Un humain : potentiellement 1 à 8, mais passe 90 % de sa vie entre 1 et 4
Ce n’est pas une hiérarchie. C’est une cartographie.
Conclusion : habiter ses couches
La conscience n’est pas un miracle réservé à une élite spirituelle. Ce n’est pas non plus un mystère brumeux ou un concept réservé aux neurosciences.
C’est une architecture vivante qui change selon l’humeur, la situation, la fatigue, la relation, ce qu’on traverse.
Parfois tu es surtout dans la sentience. Parfois dans la narration. Parfois dans la réflexence. Parfois dans la méta-lucidité. Et la plupart du temps, tu navigues entre plusieurs couches en même temps.
Comprendre ces huit couches, ce n’est pas “se prendre la tête” avec des théories. C’est apprendre à mieux habiter ce qui nous traverse.
Et à parler enfin du même mot quand on dit : « conscience ».