Clément Viktorovitch : quand la rhétorique remplace la considérance

On le présente souvent comme “le professeur de rhétorique”, celui qui éclaire les mécanismes du discours. Mais à force d’analyser les mots sans jamais toucher aux choses, Clément Viktorovitch est devenu, malgré lui ou non, une figure étrange : un arbitre qui rassure son camp plutôt qu’un pédagogue qui émancipe.

Le débat Glucksmann–Zemmour en est un exemple parfait. Pendant que deux candidats s’affrontaient sur des sujets brûlants, Clément s’est attardé, encore une fois, sur la surface plutôt que sur la substance. Comme si la rhétorique était un refuge et non un outil.

1. Quand le pathos devient un paravent

Dans le débat, Zemmour évoque des affaires tragiques — enfants tués, femmes violées — pour pointer l’échec de l’État sur le régalien et l’immigration. Clément Viktorovitch s’empresse de qualifier cela d’“appel au pathos” et de “faits divers non représentatifs”.

Techniquement, il a raison : c’est du pathos. Mais là où la rhétorique devrait ouvrir une réflexion, Clément la referme. Il ne pose jamais la question qui, pourtant, obsède le pays : à partir de quel moment un fait divers répété devient un symptôme structurel ?

Ce refus de regarder la globalité — le contexte, la répétition, la responsabilité politique — est exactement ce qui manque : la considérance.

Viktorovitch enseigne à “gagner des débats” à des gens qui n’ont jamais vraiment voulu débattre — et souvent pour des raisons profondes qu’aucune rhétorique ne peut résoudre.

C’est précisément là que la rhétorique, privée de considérance, cesse d’éclairer et commence à tourner à vide.

Considérance : voir l’ensemble, pas seulement la figure du moment

La considérance, c’est prendre l’être entier, la situation entière, et non un fragment isolé. C’est refuser de réduire un débat à une seule dimension (la forme, le ton, l’émotion, le coup d’éclat), au profit d’une vision globale qui aide réellement les citoyens à comprendre ce qui se joue.

La rhétorique de Clément éclaire les mécanismes, mais elle oublie souvent l’essentiel : l’impact réel des politiques sur les vies humaines, la peur, les colères, les espoirs, les défaillances d’un État.

En pointant du doigt “l’appel au pathos”, il oublie que la détresse des gens fait partie du débat démocratique. Parler d’un meurtre d’enfant, ce n’est pas “manipuler” : c’est rappeler le devoir premier d’un pays.

2. Quand la forme étouffe le fond

Au lieu d’ouvrir le débat, Clément le neutralise. Exemple central : la phrase de Glucksmann “je me sens plus berlinois que picard”. Zemmour la relève ; Clément y voit un “procès d’intention”.

Mais ce qu’il ne veut pas nommer, c’est le mépris social implicite : cette manière de considérer l’attachement local comme ringard, dépassé, “pas cosmopolite”.

Encore une fois, la forme (la feinte, la réplique, la technique) sert de bouclier pour éviter d’aborder le fond : un pays fracturé, des Français qui ne se reconnaissent plus dans leurs élites, une défiance immense.

La Considérance, ici, aurait permis de dire : “Ce propos a blessé beaucoup de gens, et il faut l’entendre.”

3. La neutralité apparente, le biais réel

Ce qui dérange, ce n’est pas la compétence de Clément — elle est réelle. C’est son asymétrie. Il analyse systématiquement les débats où la droite ou l’extrême droite gagne en rhétorique, et ignore presque tous les débats où la gauche se fait écraser sur le fond.

Il devient ainsi un “professeur” qui ne montre qu’un côté du tableau. Un arbitre qui a déjà choisi l’équipe à encourager. Un guide qui ne veut surtout pas déplaire à son public.

Or, la Considérance, c’est l’inverse : ne flatter personne, ne protéger personne, mais aider chacun à voir plus clairement.

4. Le vrai enjeu : la forme ne suffit plus

Dans un pays où les mots mentent souvent, où les débats tournent en rond, où tout le monde brandit “ses” vérités comme des armes, on a besoin de gens qui éclairent — pas de gens qui confortent.

La rhétorique est utile pour ne pas se faire manipuler, mais elle devient dangereuse quand elle sert à créer un “safe space” idéologique où seule la forme compte et où le fond n’a plus le droit d’entrer.

Clément Viktorovitch ne manque pas d’intelligence. Ce qui manque chez lui, c’est la Considérance, ce geste intérieur qui consiste à regarder les situations en entier, y compris ce qui dérange son propre camp.

Conclusion : rhétorique brillante, courage limité

On ne demande pas à Clément de rejoindre un camp. On demande autre chose : qu’il arrête de choisir les combats où il ne risque rien.

Parce que la démocratie ne vit pas de formes élégantes. Elle vit de vérité, même quand elle est inconfortable.

Et c’est là que la Considérance devient essentielle : une attention entière, une lucidité sans camp, une volonté de dire ce qui doit être dit — pas ce qui conforte le public.

La rhétorique éclaire les mots. La Considérance éclaire le réel.

Et aujourd’hui, c’est clairement la seconde qui manque.

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