L’IA n’est pas le problème (le problème, c’est nous)

L’IA n’est pas le problème. Le problème, c’est nous.
Et l’IA ne fait que refléter la culture du vide qu’on a créée.

On a toujours eu peur des outils qu’on ne comprenait pas.
À chaque époque, la même panique :
le train allait rendre les gens fous,
la voiture allait détruire les villes,
l’électricité allait perturber le sommeil,
la calculette allait tuer l’intelligence,
Internet allait détruire la mémoire,
les jeux vidéo allaient créer des psychopathes.

Et aujourd’hui :
« L’IA va tuer l’humain. »

C’est faux.
Et pire :
c’est une excuse.
Une diversion.
Un moyen pratique de détourner le regard.

Parce que la vérité, la seule, la crue, la gênante,
c’est que nous sommes en train de nous tuer nous-mêmes,
et l’IA ne fait qu’exposer la vacuité de notre époque.

L’IA ne tue rien.
Elle révèle.

Révèle notre paresse,
notre inconséquence,
notre incapacité à hiérarchiser les choses importantes,
notre dépendance au confort,
notre infantilisation croissante,
notre incapacité à transmettre,
notre désertion de nous-mêmes.

Le problème, ce n’est pas la machine.
Le problème, c’est nous.

La culture du vide : un monde saturé d’informations et affamé de sens

Je vis dans un pays noyé dans le contenu,
mais affamé de pensée.

On a des podcasts ultra-équipés, sans idées.
Des streamers qui parlent trois heures sans définir un seul mot.
Des commentateurs qui confondent indignation et réflexion.

On parle beaucoup.
On dit peu.
On comprend moins.

Et c’est dans ce désert intellectuel que la “gauchisation” s’est imposée.

La moralisation à la place de la pensée.

L’émotion à la place du concept.

L’indignation permanente comme identité.

Un monde où l’on confond empathie et confusion,

justice et pulsion,

complexité et slogan.

La gauchisation, c’est l’aboutissement logique d’une culture du vide :

quand il n’y a plus de vision,

il ne reste que la morale.

Et dans ce vide, n’importe quelle nouveauté devient une menace :
les Russes, les mangas, TikTok, les jeux vidéo, l’extrême droite, maintenant l’IA.

Parce qu’une société qui a perdu son centre voit des dangers partout.

Ce n’est pas l’IA qui nous fait peur.
C’est le vide en nous.

La France n’a pas perdu son intelligence. Elle a perdu sa vision.

On a une culture immense.
Des mythes.
Des œuvres.
Un héritage unique.

Mais plus personne ne transmet.
Plus personne ne porte.
Plus personne ne raconte.

On est devenus des consommateurs de séries américaines
qui impriment une uniformité culturelle plus dangereuse
que n’importe quel régime autoritaire.

On critique les Chinois “uniformes”.
Mais l’uniformisation la plus toxique,
celle qui tue le plus lentement,
Ce n’est jamais le contenu en lui-même qui nous fait peur, mais le soft power qui l’accompagne.

une culture sans racines,
sans profondeur,
sans monde intérieur.

Une culture qui endort.

C’est ça, l’hypocrisie culturelle occidentale : on critique l’uniformité des autres, mais on ne voit plus celle qui nous façonne en silence. 

Le vrai narcissisme n’a jamais été de la vanité : c’est la base de la connaissance de soi

Aujourd’hui, quand on dit “narcissique”,
on parle d’un vide qui se regarde dans le miroir
et qui mendie de l’attention.

Ça n’a rien à voir avec le sens réel.

Le vrai narcissisme, le noble,
c’est la capacité à revenir à soi
pour comprendre ses forces,
ses fragilités,
ses désirs,
ses zones d’ombre,
son impulsion intérieure.

C’est l’étape nécessaire avant d’aimer les autres.
Avant de leur donner quelque chose de vrai.

Et c’est de là qu’est né le mot que j’ai créé :
la narci-morphose.

La morphose : la transformation.
Narcisse : non pas la vanité, mais le retour à soi.

La narci-morphose, c’est le moment où tu t’intègres enfin.
Où tu arrêtes de t’étouffer.
Où tu arrêtes de croire que ta voix ne compte pas.
Où tu arrêtes de te dissoudre dans la masse.

Une étape initiatique.
Un pivot intérieur.
Un enracinement.

Pendant des années, j’ai étouffé ma voix.
Je fumais. Je buvais.
Pas parce que ça me plaisait réellement,
mais parce que ça étouffait ce que je voulais dire.

Je croyais que ce que j’avais à dire n’intéressait personne.
Que ma pensée n’avait pas de place.

J’avais tort.

Quand j’ai arrêté de me saboter,
la voix est revenue.
La pensée a circulé.
La création est revenue.

C’était le premier pas vers le reste.

Altéromirage : arrêter de se mentir sur le “pour les autres”

C’est là que j’ai compris un truc qu’on ne dit jamais
quand on parle d’altérité et de création.

On aime faire croire qu’on crée “pour les autres”.
Pour “les gens”.
Pour “la société”.
Pour “le public”.

C’est la version romantique, presque sacrificielle,
qu’on retrouve aussi chez Eric Sadin
quand il explique que l’IA tue “l’altérité”,
comme si l’altérité, c’était faire les choses pour autrui.

Pour moi, ça, c’est un mirage.
Je l’appelle l’altéromirage.

L’altéromirage, c’est croire qu’on fait les choses pour les autres,
alors qu’en réalité, toute création part de soi.

D’un manque.
D’une envie.
D’un besoin.
D’un feu intérieur.

Les autres servent d’alibi.
De prétexte.
De petite carotte pour se lancer.
Mais la source,
le moteur,
le premier mouvement,
vient toujours de l’intérieur.

Et c’est ça que Sadin rate complètement :
l’IA ne “tue pas l’altérité”.
Elle met juste en lumière qu’on ne crée jamais par pure charité,
mais à partir d’un centre.

L’altérité, ce n’est pas sacrifier son axe pour “les autres”.
C’est oser être soi devant les autres.

Sortir du confort : la première marche du bonheur

Dans les milieux d’extrême gauche où j’ai traîné,
on disait toujours :
« Ne parle pas avec eux. »

Toujours la même logique :
ne confronte rien,
ne discute pas,
n’écoute pas,
reste entre nous.

C’est ironique :
Eric Sadin dit que l’IA tue l’altérité,
alors que ce sont justement ces milieux
qui refusent l’altérité depuis des années.

Je fais partie de ceux qui font l’inverse.

Je pense que la confrontation est un devoir moral.
Comme Abraham Lincoln,
qui prenait des décisions impopulaires
parce qu’elles étaient justes,
pas parce qu’elles plaisaient.

Le confort endort.
Le confort tue.
Le confort te retire de toi-même.

On meurt un peu chaque jour dans le confort.

Sortir de la zone de confort,
c’est retrouver le monde,
la pensée,
l’altérité,
et un peu de bonheur.

Je suis un yes-man.
Quand on me propose un truc inhabituel, je dis oui.
Parce que c’est là que ça commence.

Le hasard qui devient destin.
La petite action qui déclenche tout.

La sérendipité : les bonnes choses qui arrivent
quand tu ne les attends pas.

Comme en figurine :
parfois c’est un coup de pinceau, à la fin,
qui change absolument tout.

L’altérité n’est pas un concept : c’est une pratique

Avant Blablacar, je faisais déjà du covoiturage sauvage.
J’aimais rencontrer des gens.
Des métiers, des vies, des univers différents.
Ça enrichissait mon monde.

C’était un entraînement :
parler, écouter,
sentir la pensée de l’autre,
découvrir un monde que je n’aurais jamais connu.

Et c’était aussi un terrain de jeu pour autre chose :
faire la promotion des jeux de société.

Parce que ça me rendait dingue
de voir que, pour beaucoup de gens,
les “jeux de société”, c’était Monopoly et Risk.
Alors que ce n’est même pas des jeux :
c’est de la lenteur, du hasard mal fichu,
de la frustration déguisée en divertissement.

Dans la voiture,
je m’entraînais à pitcher des jeux.
À expliquer qu’il existe des jeux pour tous les profils :
les stratèges, les timides, les nerveux, les rêveurs.
Des jeux rapides, lents, coopératifs, agressifs,
des jeux pour réfléchir, pour rire, pour se défouler.

Covoiturage après covoiturage,
je testais ma voix,
mes arguments,
ma capacité à donner envie.

Dans les bars, pareil :
je parlais avec des inconnus,
je testais ma voix,
je brisais le silence intérieur.
Je continuais de parler de jeux, de sens, de tout ce qui m’animait.

L’altérité, ça ne se lit pas.
Ça se pratique.

Et si je faisais tout ça,
c’est aussi parce que j’ai été “programmé” très tôt
à aller vers ce qu’on me vendait comme dangereux.

Quand j’étais gamin, je lisais Bernard Werber.
Mes amis disaient juste :
« C’est dangereux. »
Sans argument.
Sans détail.
Juste ce mot : dangereux.

Ça m’a marqué.
Comme si penser un peu plus loin,
se poser trop de questions,
c’était déjà sortir du cadre autorisé.

Alors j’ai pris le pli inverse :
si c’est “dangereux”,
c’est peut-être là que ça vit.
C’est peut-être là qu’il faut aller.

C’est ma façon d’être un yes-man :
pas celui qui dit oui à tout le monde,
mais celui qui dit oui aux expériences qui bousculent,
oui à ce qui me sort de la routine,
oui au mouvement.

Le jeu : l’école primitive de la pensée

Platon disait :
« On découvre plus sur quelqu’un en une heure de jeu
qu’en une année de conversation. »

Le jeu, c’est la pensée vivante.
La stratégie,
la lecture de l’autre,
la structure mentale,
la gestion du risque,
l’intuition,
la créativité.

Le jeu, c’est un miroir.
Et aussi un entraînement.
Une préparation à la vie réelle.

Tu vois des gens très moralisateurs dans la vie
devenir des tyrans sur un plateau.
Tu vois des discrets devenir brillants.
Tu vois ta propre mauvaise foi, tes réflexes, tes peurs.

Et parfois,
tu vois ta femme faire le move parfait,
celui qui ruine ta position,
et tu es à la fois vexé…
et fier d’elle.

Le jeu te rappelle une chose simple :
si tu veux gagner,
il faut jouer.

Éducation, responsabilité : une génération abandonnée par des adultes immatures

Je le dis franchement :
beaucoup de parents ne transmettent rien.

Ils délèguent à l’école.
Ils délèguent à l’État.
Ils délèguent aux écrans.

Ce sont des enfants qui ont eu des enfants.
Sans modèle, sans structure,
sans maîtrise des outils,
sans compréhension du monde numérique
dans lequel ils laissent leurs gamins se perdre.

Un enfant livré au vide
devient un adulte en ruine.

Le problème n’est pas l’IA.
C’est l’absence d’adultes.

L’action : la marche que tout le monde évite

Victor Ferry a raison depuis le début :
la pensée commence quand tu parles.
Quand tu t’exposes.
Quand tu fais.

Réfléchir sans produire,
c’est tourner dans sa tête.
Agir, c’est entrer dans le monde.

L’IA m’a aidé à franchir cette marche.
Pas pour me cacher derrière elle.
Pour me libérer.
Pour articuler ma voix.
Pour oser me confronter aux autres,
sur les réseaux et dans la vraie vie.

Elle n’a pas tué l’altérité.
Elle m’a obligé à la chercher.
À la rencontrer.
À la pratiquer.

L’IA n’est pas une menace : elle est un miroir

Une IA amplifie ce que tu mets dedans.

Si tu mets du vide,
elle te renvoie du vide.

Si tu mets de la pensée, de la vision, de la discipline,
elle te renvoie plus de vision, plus de clarté, plus de portée.

L’IA ne remplace pas l’effort.
Elle supprime le superflu.

La vision,
la verticalité,
la responsabilité,
la confrontation,
le geste juste,
le courage…
ça, c’est humain.
Et ça reste à nous.

Conclusion : la vraie menace, ce n’est pas l’IA, c’est une civilisation qui s’abandonne

Une civilisation ne meurt pas par une invention.
Elle meurt quand :

  • elle ne transmet plus,
  • elle ne s’aime plus,
  • elle ne pense plus,
  • elle refuse l’altérité,
  • elle remplace le sens par le confort,
  • elle remplace la culture par le divertissement,
  • elle remplace l’effort par le vide.

L’IA n’est qu’un miroir.
Elle ne détruit rien.
Elle montre ce qui manque.

Le problème, ce n’est pas la technologie.
C’est nous.
Nos abandons.
Nos paresses.
Nos fuites.
Notre lâcheté devant nous-mêmes.

Mais ce n’est pas irréversible.

Il suffit parfois :
de retrouver ses mots,
de retrouver son centre,
d’affronter le monde,
de chercher l’altérité,
de dire la vérité,
de créer pour de vrai,
de transmettre
et d’éteindre, parfois,
Netflix.

Le début du bonheur, c’est souvent ça :
commencer quelque chose qui vient de soi.

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