Édisme : l’État-ogre et la fiction de la justice fiscale

Essai – Polysophie / Le Chant des mots

I. Préambule — Ceci n’est pas de l’économie

Tout est parti d’une vidéo de Heu?Reka et Stupid Economics sur la “justice fiscale”. En cinq minutes, j’ai compris que je n’écoutais pas une analyse, mais un récit moral. Un catéchisme économique où l’État est présenté comme un protecteur blessé par des “échappatoires”, où l’impôt est sacralisé, où la redistribution devient vertu, et où remettre en question l’idéologie revient à manquer de compassion.

Ce discours n’est pas neutre. Ce n’est même pas de l’économie. C’est de la morale habillée en graphique.

Dans cet essai, je veux clarifier un mot : Édisme. C’est le mécanisme d’un système qui prétend aider, protéger, redistribuer, mais qui, par sa nature même, fabrique de la dépendance, aggrave les problèmes et finit par vivre de ses propres échecs. Une logique où l’assistance devient un outil de contrôle, où la protection devient un prétexte, où l’État se nourrit des blessures qu’il prétend soigner.

Cet essai est une réponse — pas aux personnes — mais à ce récit. Une tentative de mettre des mots sur l’Édisme, l’idéologie invisible de l’État-ogre, et d’esquisser un autre chemin.

→ Définition poétique complète de l’Édisme

II. L’Édisme — l’État-ogre qui se nourrit de ses citoyens

Nous avons mis un mot sur une sensation diffuse : Édisme. L’Édisme, c’est l’idéologie implicite d’un État qui grossit en permanence jusqu’à dévorer ceux qu’il prétend protéger.

L’Édisme, c’est :

  • l’État devenu organisme vivant,
  • qui doit se justifier,
  • se prolonger,
  • alimenter ses propres structures,
  • et se donner une raison d’exister en aggravant les problèmes qu’il prétend résoudre.

Dans l’Édisme :

  • la sécurité n’est plus assurée,
  • les OQTF ne sont plus appliquées,
  • les mouvements populaires sont écrasés (Gilets jaunes),
  • les opposants gênants sont ciblés (Juan Branco, character assassination express),
  • l’école étouffe l’innovation (Céline Alvarez),
  • les hôpitaux agonisent,
  • les services publics s’effondrent.

L’État ne protège plus le peuple. Il se protège lui-même. Il fabrique les blessures dont il prétend être le remède.

III. Les idiots utiles — sincères, brillants parfois, mais aveuglés

Nommer les choses ne veut pas dire détester les gens. Ceux qui défendent la “justice fiscale” — vulgarisateurs économiques, économistes médiatiques, universitaires engagés, de Piketty à Porcher et Gabriel Zucman — ne sont pas des monstres. Ils sont souvent sincères, parfois brillants, toujours convaincus.

Mais ils sont captifs d’une vision morale, pas scientifique :

  • l’État = le bien,
  • l’impôt = la morale,
  • la redistribution = la justice,
  • le riche = le suspect,
  • l’entrepreneur = le privilégié,
  • la réussite = un problème à corriger.

Ils ne sont pas mal intentionnés. Ils sont idéologiquement incapables de voir autre chose. Un idiot utile, c’est ça : quelqu’un qui sert un système sans même s’en rendre compte, persuadé de lutter pour le bien.

IV. Le mythe des holdings : la pédagogie mensongère

Dans ces vidéos “pédagogiques”, on répète que “les riches ne paient pas” parce qu’ils utiliseraient des holdings comme des boucliers magiques.

C’est faux. Ou plutôt : c’est tellement simplifié que ça devient mensonger.

La réalité est brutale :

Tant que tu es résident fiscal en France, tu es imposable partout où tu respires.

  • Dividendes : imposés.
  • Rémunérations : imposées.
  • Plus-values : imposées.
  • IFI : imposé.
  • Exit tax : menace permanente.
  • Dispositifs anti-abus : partout.

Une holding structure les flux, elle n’annule rien. Les ultra-riches qui paient 0 % ne sont pas des magiciens : ils sont déjà partis.

Le mensonge implicite est là : faire croire que “les riches fraudent” pour mieux justifier de serrer la vis sur ceux qui ne peuvent pas partir. Les classes moyennes, les indépendants, les petits entrepreneurs.

V. La plaie qu’on agrandit au lieu de la soigner

La France a l’un des taux de prélèvements obligatoires les plus élevés du monde développé. En 2024, elle atteignait environ 42,8 % de prélèvements obligatoires, soit l’un des niveaux les plus hauts de l’OCDE. Avec un tel niveau de ponction, tout devrait fonctionner.

Or, rien ne fonctionne vraiment :

  • l’école s’effondre,
  • l’hôpital est à bout de souffle,
  • la justice manque de tout,
  • les routes se dégradent,
  • les campagnes se vident,
  • la sécurité se fissure.

Au lieu de se demander pourquoi ça ne marche pas, l’appareil répond mécaniquement : « augmentons les impôts ».

C’est comme soigner une hémorragie en ouvrant encore la plaie.

L’impunité politique : quand l’échec devient une promotion

Ce qui achève de miner la confiance, c’est l’impunité. En France, les fiascos publics ne brisent pas les carrières : ils les font parfois avancer. On a vu des responsables d’organismes défaillants être recasés quelques mois plus tard, des élus reconduits après des catastrophes majeures sur leur territoire, des dirigeants d’institutions éclaboussées par des scandales se retrouver dans de nouvelles structures tout aussi sensibles.

Le citoyen voit tout : un système où l’échec n’est jamais assumé, où personne ne descend du train, et où l’on recycle en permanence les mêmes profils, malgré des défaillances qui auraient dû provoquer des ruptures nettes.

Pendant ce temps, les fonctions régaliennes — protéger, sécuriser, administrer avec justice et efficacité — se délient lentement. L’État ne protège plus vraiment ; il communique, il pivote, il gère la symbolique, mais il ne tient plus la base : la sécurité, le contrôle, la justice cohérente, la responsabilité.

Cette disjonction entre responsabilité réelle et responsabilité politique est au cœur du malaise français. Quand les fautes n’ont plus de conséquences, l’appareil cesse d’apprendre, et les citoyens cessent d’y croire.

Exemples de gabegie publique : quand l’impôt nourrit l’absurde

On pourrait écrire des volumes entiers sur les dépenses incohérentes de l’État français. En voici quelques-unes, toutes documentées :

  • Les portiques écotaxe : plus de 3,5 milliards d’euros dépensés (installation, contrats, pénalités, démantèlement) pour un projet abandonné.
  • StopCovid / TousAntiCovid : une première application inutile, une seconde coûteuse, plus de 200 millions dépensés au total, pour une efficacité quasi nulle (chiffres officiels).
  • Les cabinets de conseil : plus d’un milliard d’euros par an versés à des entreprises privées (dont McKinsey), alors que l’État dispose déjà de la plus grande administration d’Europe.
  • La gestion du COVID : masques détruits avant la pandémie, retards d’approvisionnement, stratégies contradictoires, dépenses de communication massives — autant d’échecs décrits dans les rapports de la Cour des comptes.
  • L’aide publique au développement : plus de 12 milliards par an, régulièrement pointés pour leur inefficacité, leur opacité et l’absence de résultats mesurables.
  • Le train de vie des institutions : rénovations, protocoles, communications, déplacements — une dépense publique structurellement déconnectée de la rigueur demandée aux citoyens.

Ce sont ces mêmes institutions qui expliquent ensuite qu’il faut « plus d’impôts pour plus de justice ». Le problème n’est pas le montant des prélèvements : c’est l’usage qu’en fait l’appareil qui les collecte.

VI. La monnaie fond, l’État grossit

L’inflation est devenue la fiscalité invisible.

  • La monnaie perd sa valeur.
  • Les prix montent.
  • Les recettes de TVA explosent.
  • L’épargne se fait dévorer.
  • Les salaires stagnent.

Ce que vivent les citoyens n’est pas un simple “accident économique”. C’est une méthode : l’État gagne quand la monnaie perd. Les citoyens perdent quand l’État gagne.

VII. La révolution trahie : les privilèges n’ont pas disparu, ils ont changé de propriétaire

On a coupé la tête du roi pour supprimer les privilèges. On les a simplement déplacés.

Aujourd’hui, les privilégiés sont :

  • les hauts fonctionnaires,
  • les technocrates,
  • les apparatchiks ministériels,
  • les cadres d’autorités “indépendantes”,
  • les élus protégés,
  • la haute bureaucratie européenne.

Ils ne produisent pas : ils gèrent. Ils vivent sur le dos de ceux qui produisent.

Ce que certains appellent “néolibéralisme” ressemble surtout à une bureaucratie centralisée qui cumule les défauts du communisme administratif : privilèges, inertie, décisions hors-sol, absence de responsabilité.

VIII. La “justice fiscale” : slogan moral, pas concept économique

La justice fiscale n’existe pas comme objet scientifique. C’est un sentiment, une émotion, une idéologie.

L’idée que “faire payer les riches” résout les problèmes est un fantasme séduisant. Mais l’économie ne se laisse pas gouverner par des slogans.

Taxer n’est pas produire. Redistribuer n’est pas résoudre. Moraliser n’est pas comprendre. On peut être choqué par certaines fortunes sans faire de la jalousie un programme politique.

IX. Migration : un modèle social qui attire sans filtrer

Le modèle social français, hyper généreux, attire — mais ne sélectionne pas.

On peut le dire sans haine : un système qui accueille largement sans critères clairs finit par écraser lui-même ses ressources. Les talents partent ou ne viennent pas, les budgets explosent, les tensions montent.

Le discours s’appelle “solidarité” ; la réalité s’appelle “pression”.

X. L’école : l’exemple parfait de la médiocratie

Céline Alvarez n’a pas “inventé” l’éducation. Elle a retrouvé ce que l’institution avait oublié : les lois naturelles de l’apprentissage.

Elle a mis Montessori et les neurosciences au service des enfants. Elle a remis de la vie dans un système mort. Les résultats étaient spectaculaires : des enfants éveillés, concentrés, joyeux.

Réponse de l’institution : refus, suspicion, obstruction.

Pourquoi ? Parce que la médiocratie ne supporte pas la lumière. Elle étouffe ce qui fonctionne pour protéger ce qui lui donne du pouvoir.

Céline Alvarez est un des grands esprits pédagogiques de notre époque. Elle aurait pu changer un pays entier. On a préféré éteindre la lumière dans la salle.

XI. La République détournée : l’exécutif qui avale tout

La République repose, en théorie, sur trois pouvoirs équilibrés :

  • le législatif fait la loi,
  • l’exécutif l’applique,
  • le judiciaire arbitre et protège.

Aujourd’hui, un seul les absorbe : l’exécutif.

  • Le législatif est devenu une chambre d’enregistrement.
  • Le judiciaire est de plus en plus politisé.
  • L’exécutif gouverne par ordonnances, décrets, procédures d’urgence.

Ce n’est plus une démocratie vivante. C’est un bloc de pouvoir, une verticalité qui ne connaît presque plus de contrepoids.

Quand un État devient hypertrophié, centralisé, et qu’il se pense détenteur du Bien, il glisse vers une forme d’autoritarisme doux : un pouvoir qui ne frappe pas toujours fort, mais qui encadre tout, tout le temps.

XII. Skin in the game : l’État ne risque rien, donc il détruit tout

Nassim Nicholas Taleb l’a formulé simplement : sans skin in the game, sans “peau en jeu”, ceux qui décident deviennent dangereux.

En France :

  • les politiciens ne risquent rien,
  • les hauts fonctionnaires ne risquent rien,
  • les technocrates ne risquent rien.

Ceux qui risquent ?

  • ceux qui travaillent,
  • ceux qui créent,
  • ceux qui entreprennent,
  • ceux qui épargnent,
  • ceux qui prennent des risques réels.

On encourage la passivité, on punit l’initiative. C’est la recette parfaite pour l’appauvrissement.

XIII. Détruire la médiocratie : jarter la caste pour libérer le pays

Il manque souvent, dans ce genre de diagnostic, ce que tout le monde évite d’aborder franchement : la solution.

Et la solution n’est pas cosmétique. Il ne s’agit pas de “moderniser” ou de “simplifier” l’administration. Il s’agit de réduire radicalement la place de ceux qui vivent du système sans jamais en assumer les conséquences.

Cette classe dirigeante — hauts fonctionnaires, politiciens professionnels, technocrates d’appareil — ne réformera jamais ce qui lui donne son pouvoir. Ce n’est pas une question morale : c’est une mécanique. Un système ne peut pas s’auto-diminuer.

La seule issue est de remplacer la caste par le peuple lui-même, et de redonner du pouvoir à ceux qui vivent les conséquences des décisions.

XIV. Le tirage au sort : une vraie démocratie, pas une carrière politique

La démocratie représentative française a produit une aristocratie électorale : carrières politiques, professionnels du pouvoir, communicants, courtisans.

Le tirage au sort n’est pas un délire marginal. C’est le cœur de la démocratie athénienne. C’est l’une des seules manières connues d’empêcher :

  • la professionnalisation du pouvoir,
  • les castes politiques,
  • le clientélisme structurel,
  • le carriérisme d’appareil.

Des mandats courts, non renouvelables, avec reddition de comptes : c’est la version simple d’une vraie République populaire. Quand le pouvoir est un privilège, il attire les pires. Quand il est un devoir temporaire, il attire les meilleurs.

XV. Une flat tax simple : retour à la vérité économique

La fiscalité actuelle est une usine à gaz conçue pour créer des exceptions, des niches, des passe-droits, des zones d’ombre.

Une flat tax simple change tout.

Par exemple : 10 % sur tout, sans exceptions.

  • Les entreprises paient 10 %.
  • Les particuliers paient 10 %.
  • Les indépendants paient 10 %.
  • Les produits paient 10 % de TVA.

Ce n’est pas un chiffre magique, c’est une idée : la simplicité fiscale crée la confiance. Les talents viennent. Les créateurs respirent. Les investisseurs arrêtent de fuir.

La France n’a pas un problème de richesse. Elle a un problème d’État qui pille la richesse.

XVI. Le localisme proudhonien : reconstruire le pays par le bas

Le jacobinisme est devenu une religion administrative. Il faut en sortir.

Proudhon l’avait compris : la liberté réelle ne vient pas du sommet, elle vient du sol.

Le localisme, ce n’est pas le repli, c’est le retour à la réalité.

Concrètement :

  • des communes fortes
  • des régions plus autonomes,
  • des décisions prises au plus près du terrain,
  • des budgets lisibles et contrôlables localement.

C’est une vision proche de Proudhon : autonomie locale, subsidiarité, responsabilité à l’échelle humaine. Un pays où le pouvoir remonte du terrain au lieu de descendre de bureaux parisiens.

XVII. Que faire ? – Pour une France qui respire à nouveau

Il ne suffit pas de constater l’Édisme : il faut proposer une sortie.

1. Réduire radicalement le périmètre de l’État.
Pas par idéologie, mais par nécessité. Un État qui fait tout ne fait rien bien.

2. Simplifier la fiscalité : une vraie flat tax, claire, lisible, stable.
Ce n’est pas “favoriser les riches” : c’est empêcher la machine de punir ceux qui produisent.

3. Restaurer la subsidiarité : redonner du pouvoir aux communes, aux régions, aux acteurs du terrain.
Ce qui peut être décidé localement doit l’être.

4. Sortir du jacobinisme administratif.
Moins de normes. Moins de bureaux. Moins d’intermédiaires.

5. Expérimenter le tirage au sort pour certaines institutions.
Quand le pouvoir est un privilège, il attire les pires. Quand il est un devoir temporaire, il attire les meilleurs.

6. Réinstaurer le “skin in the game”.
Plus aucune décision publique sans responsabilité directe de celui qui la signe. On ne joue plus avec la vie des autres sans conséquences.

XVIII. Conclusion — La renaissance viendra des créateurs, pas des gestionnaires

La France ne manque pas d’intelligence. Elle manque d’espace pour respirer.

Elle manque de confiance envers ceux qui produisent. Elle manque de lucidité envers ceux qui parasitent.

La renaissance viendra des créateurs, pas des gestionnaires. Des forces vives, pas des forces mortes. De la liberté, pas du contrôle. De la responsabilité, pas de la dépendance.

Et surtout : elle viendra de ceux qui osent dire ce que les autres n’osent plus formuler. L’Édisme n’est pas une fatalité. C’est un diagnostic. Et un point de départ.

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