Vous n’avez pas perdu foi en l’humanité.
Vous avez juste perdu patience.
Depuis l’enfance, vous regardez les autres s’agiter,
parler sans écouter, juger sans comprendre,
s’indigner de tout sauf d’eux-mêmes.
Et chaque jour, vous tentez encore d’y croire —
mais c’est comme remplir une jarre percée.
On vous dit : « Tu es trop exigeant, trop lucide, trop sensible. »
Mais en vérité, vous êtes juste fatigué de devoir sans cesse baisser la lumière
pour ne pas éblouir ceux qui dorment encore.
Vous voyez trop clair.
Les failles, les contradictions, les faux-semblants — tout vous saute au visage.
Et à force de tout sentir, tout deviner, tout comprendre,
il ne vous reste parfois qu’un grand vide,
un besoin de silence plus fort que le besoin d’appartenir.
Mais écoutez-moi :
votre fatigue n’est pas une faiblesse,
c’est le prix de votre lucidité.
C’est le contrecoup de ceux qui refusent de mentir pour tenir.
Reposez-vous, mais ne changez pas.
Le monde a besoin de gens comme vous —
fatigués, oui, mais encore capables d’aimer malgré tout.
Parce que c’est ça, la vraie force :
continuer d’aimer l’humain sans l’idéaliser.
Continuer de parler clair dans un brouhaha de fuites.
Continuer d’exister sans se travestir.
Et si vous devez vous éloigner,
faites-le sans honte.
Vous n’êtes pas des ermites, vous êtes des veilleurs.
Et quand les autres auront fini de s’agiter dans le noir,
ce sera votre flamme, discrète mais fidèle,
qui leur montrera encore le chemin.