Il ne me reste plus
que la fiche technique
de ma Renault Mégane.
–
Il y avait quelque chose
de réconfortant
sur l’autoroute sans péage.
–
Elle ne dérapait jamais,
portée par ses quatre pneus
All Season Elite Z-401.
–
Même sous la pluie,
elle gardait sa trajectoire.
–
On l’entendait arriver de loin.
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Elle avait du charisme.
–
Dans l’obscurité,
ses phares halogènes
ouvraient la nuit
avec une précision tranquille.
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Feux de croisement,
H7.
–
Son moteur TCe,
1,3 litre,
115 à 160 chevaux,
offrait ce rare compromis
entre performance
et consommation.
–
Une chaleur thermique
se dégageait d’elle.
–
Elle arborait
une courbure élégante,
une symétrie sans pareille.
–
Son importance
et sa perfection
se rejoignaient quelque part
entre l’abscisse
et l’ordonnée.
–
Une larme
m’en tombe encore
du rétroviseur intérieur.
–
Heureusement,
j’ai mes essuie-glaces
de l’émotion.
–
MK3 2008.
–
Elle avait tout
pour plaire.
–
Sauf qu’elle ne démarre plus.
–
Et la seule chose
encore vivante,
c’est la boue
qui ronge son acier.
Making-of
Ce texte est né comme un contrepoint.
Je suis tombé sur un poème très froid, très mécanique, très théorique, qui essayait stylistiquement de parler des robots et des machines avec une grande gravité poétique. Il y avait des histoires d’autopsie technique, de biosphère, d’abscisse et d’ordonnée.
Alors j’ai eu envie de pousser cette logique ailleurs : parler avec exactement le même sérieux… d’une Renault Mégane.
Pas seulement pour me moquer. Mais aussi parce qu’on peut réellement s’attacher à des choses banales. Une voiture peut devenir un souvenir, une présence, une époque, presque une partie de nous-mêmes.
Et puis à la fin, tout finit un peu par rouiller : une machine, une relation, un souvenir, une époque, parfois même une poésie.
Pourtant quelque chose continue de vivre. Pas dans la performance, ni dans les courbes parfaites, mais dans les traces, la boue, les choses imparfaites, les choses qui débordent du cadre.
C’est peut-être ça qui m’intéressait au fond : remettre un peu de vie, même sale, même maladroite, dans quelque chose de trop parfaitement disséqué.
“Lit et étudie cette autopsie technique,
Qui se forme depuis paresse mécanique
Le seul angle échevelé de la criminalité
Au travers de ce numéro documentée”“Et si une posture, qui est la racine
Ou la clé de la salle des machines,
Un genre de texte qui découpe
Un vide thématique sous la loupe”“Ce parasite qui sature l’atmosphère
Paye à crédit sur l’avenir de la biosphère
Les rouages d’une machine suicidaire
Tragédie libératrice pour la Terre”“C’est une boucle de rétroaction débile
L’essence brûle pour un plaisir futile
Un coup de pelle dans la fosse commune
La poubelle invisible sauf depuis la lune”