Paroles
Intro
Je marche sans me presser,
le monde baisse le son.
Sous mes pas, le temps
change juste de direction.
Shizuka na kaze (vent calme),
dans le bruit je fais place.
Je laisse passer l’orage,
kokoro o hiraku (ouvrir le cœur), face à l’espace.
Couplet 1
Les saisons se répondent,
sans jamais se justifier,
les feuilles tombent en silence,
dare mo tomaranai (personne ne peut arrêter ça).
Je regarde la neige fondre,
au bord de mes pensées,
le froid pose ses questions,
boku wa iki o shiteiru (je respire / je suis vivant).
Le monde parle trop fort,
alors je baisse le ton,
j’écoute même les pierres
yukkuri, yukkuri to (doucement, doucement).
Ashioto dake (seulement le bruit des pas),
le reste peut attendre.
Chaque pas trouve sa place,
quand je cesse de le défendre.
Pré-refrain
Je plie un peu, jamais trop,
chikara o nukeru (relâcher la force / lâcher la tension).
Le sol sait déjà me porter,
tada koko ni iru (juste être ici).
Refrain
Ce n’est pas le temps qui passe,
c’est moi qui le traverse.
Jikan o watatte (traverser le temps),
je glisse dans ses courbes.
Ce n’est pas le temps qui casse,
il polit, il déplace.
Utsuroi no naka de (dans le changement / dans l’impermanence),
je reste en mouvement, en douceur.
Couplet 2
Je vois l’étincelle
là où rien ne brille,
hikari janai mono ni mo (même dans ce qui n’est pas lumière)
inochi ga aru (il y a de la vie).
Si aujourd’hui c’est rugueux,
demain ça change de peau,
les pierres deviennent lisses,
mizu no naka de (dans l’eau).
Kizu wa kataru (les blessures racontent),
les marques savent parler.
Je n’efface rien du trajet,
tada kakaete aruku (je marche en portant tout cela).
Ce qui a fissuré le cœur
a déplacé le sourire,
oto o tatenai you ni (sans faire de bruit)
nando demo tsuzukeru (je continue, encore et encore).
Pré-refrain 2
Je laisse de la place au monde,
ma o nokosu (laisser un espace / une respiration).
Une révérence suffit,
sore dake de ii (ça suffit, c’est assez).
Refrain
Ce n’est pas le temps qui passe,
c’est moi qui le traverse.
Jikan o watatte (traverser le temps),
je glisse dans ses courbes.
Ce n’est pas le temps qui casse,
il polit, il déplace.
Utsuroi no naka de (dans le changement / l’impermanence),
je reste en mouvement, en douceur.
Pont
Sous l’arbre aux racines larges,
je cueille sans posséder.
Kono mi o toru (cueillir ce fruit),
subete ga hajimaru (tout commence).
Tout commence avec une pomme,
et le courage de mordre dedans.
Kawaru koto o erabu (choisir de changer),
onaji mama de (plutôt que rester pareil).
Break japonais (posé / presque chuchoté)
Boku wa koko ni iru (je suis ici),
aida no naka (dans l’entre-deux).
Ugoiteiru sekai to (avec le monde en mouvement)
issho ni yureru (je me balance / je vacille avec lui).
Dernier refrain (plus épuré)
Ce n’est pas le temps qui passe,
c’est moi qui le traverse.
Jikan to tomoni (avec le temps),
tada aruite iru (je marche, simplement).
Ce n’est pas le temps qui passe,
il me façonne, me déplace.
Ushinawanai mono o (ce que je ne veux pas perdre)
daite susumu (je l’embrasse et j’avance).
Outro (spoken / scratch)
Pas une traduction.
Keiken da (c’est une expérience).
Une expérience.
Le Chant des Mots.
Une chanson qui est venue naturellement après un podcast sur les mots japonais — transformés en expérience.
Making-of
Cette chanson est née naturellement après un podcast sur les mots japonais — non pas pour “traduire” des termes, mais pour en faire une expérience. J’ai eu envie d’un texte qui ralentit, qui laisse de l’espace, qui marche au lieu de courir. Une façon de sentir le temps autrement : non pas comme quelque chose qui nous vole, mais comme quelque chose que l’on traverse.
Elle vient aussi d’un néologisme que j’explore : Pommescence — l’idée que toute transformation commence par une morsure. Croquer dans un fruit, souvent une pomme dans les mythologies, c’est accepter de basculer : la pomme de la discorde, la pomme d’or, la quête, le courage de choisir. Les choses commencent quand on ose mordre.
On y retrouve également l’influence de la philosophie japonaise : la révérence, laisser de la place, ne pas saturer le monde de soi, et l’impermanence — comprendre que le temps ne détruit pas seulement, il polit, transforme, déplace. Cette chanson parle moins du temps qui passe que de notre manière d’habiter le passage.