Marketing politique

Le Théâtre qui cartonne · hors-série

Un laboratoire, quatre députés, un cobaye très représentatif et quelques mots-clés. Le marketing politique promettait une démonstration scientifique. Il obtient surtout ce qu’il mesure.

BD satirique Marketing politique : quatre députés observent les réactions émotionnelles de Jean-Hubert à différents mots-clés, planche 1 sur 2.
BD satirique Marketing politique : le mot Gaza provoque une surcharge émotionnelle puis les députés se disputent, planche 2 sur 2.

Making-of : une BD qui a résisté

Cette BD devait être la première du Théâtre qui cartonne. L’idée était arrivée avant Emma Fourtou : une réunion de marketing politique, un scientifique, un étudiant en sociologie branché à un faux EEG et quatre caricatures de la gauche autour de la table. Pendant qu’on cherchait comment la faire tenir, trois autres BD sont sorties.

Le premier chantier a été le découpage. Au début, on avait beaucoup trop de cases, trop d’explications et des personnages qui réagissaient à chaque mot. On a fini par ramener l’histoire à deux pages et à une montée très simple : l’entrée des élus, la présentation de Jean-Hubert, quelques tests presque tièdes, puis le mot qui fait sauter la machine.

On a longtemps cherché le ton graphique aussi. Les premières versions étaient plus détaillées et presque trop jolies pour la satire. On voulait quelque chose de plus sec, plus lisible, un vieux dessin animé passé dans du carton découpé, avec un peu de South Park dans la simplicité sans en faire une copie. Chaque personnage devait porter sa caricature avant même de parler : le socialiste bouffi et appliqué, l’écologiste au regard fixe, le CGTiste rouge et mécanique, le jeune LFI méprisant sur son téléphone.

Ensuite, on a construit le test comme une progression. « Tibet libre » réveille un vieux souvenir. « Ouïghours » devrait fonctionner, mais la Chine et les téléphones compliquent la vertu. « Bourgeois » produit enfin une vraie réaction. Puis le scientifique annonce qu’il garde les fonctions cognitives de Jean-Hubert pour le dernier mot. Il souffle « Gaza », et tout part dans le rouge.

Le plus long a peut-être été la continuité : la porte et le sens d’entrée, la place du scientifique à côté de Jean-Hubert, l’écran qui devait rester visible, les regards face au lecteur, les bulles attribuées au bon personnage, les bras qui apparaissaient en trop, puis Jean-Hubert qui devait encore être parfaitement calme juste avant « Gaza ». On a corrigé ces détails encore et encore parce que le gag dépendait de cette mécanique.

Et la fin devait retomber très bas : après une démonstration qui se veut scientifique, les élus récupèrent immédiatement le résultat et terminent comme des enfants. Ce sont des bourgeois qui se traitent de bourgeois, puis des gens qui voient des fachos partout qui finissent par se traiter eux-mêmes de fachos. On retourne leurs propres mots contre eux.

Le fond du gag est là : ils pensent pouvoir lancer, cadrer et exploiter une émotion, mais elle finit par leur revenir à la figure. Ils ne maîtrisent plus ce qu’ils ont eux-mêmes attisé. On retrouve parfois le même mouvement dans les émeutes ou les colères collectives : ceux qui nourrissent le feu pour s’en servir découvrent qu’il ne leur appartient pas. Le scientifique voulait mesurer un réflexe politique ; il finit par regarder toute la réunion lui donner raison.

Cette BD est une fiction satirique. Jean-Hubert, l’expérience et les pourcentages sont inventés ; les personnages politiques sont des caricatures composites.

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