(n.f.)
Définition poétique
L’impermanence est le caractère vivant de ce qui ne peut demeurer exactement identique.
Tout change, même lorsque rien ne semble bouger.
Les corps vieillissent, les liens se transforment, les idées se déplacent, les émotions passent. Une rivière demeure une rivière sans jamais contenir la même eau.
L’impermanence n’est donc pas seulement la disparition des choses. Elle est leur transformation continuelle.
Elle nous rappelle que vouloir conserver un instant intact, c’est déjà lutter contre sa nature. Mais ce mouvement n’enlève pas nécessairement leur valeur aux choses. Il peut, au contraire, la révéler : une fleur est précieuse aussi parce qu’elle fanera.
Là où le mono no aware désigne l’émotion douce-amère qui naît devant ce qui passe, l’impermanence en est le constat : rien de vivant ne demeure tout à fait le même.
Et puisque le monde change malgré nous, la fluxence propose une autre question : comment accompagner ce mouvement plutôt que chercher constamment à le figer ?
Définition courte
Caractère de ce qui se transforme et ne peut demeurer exactement identique.
Étymologie
Du préfixe privatif im- et de permanence.
Le mot français, attesté à la fin du XVIIIe siècle, est formé sur impermanent. Permanence remonte au latin permanere : « demeurer, rester jusqu’au bout ».
L’impermanence désigne ainsi ce qui ne demeure pas durablement identique.
Mots voisins
Changement · transformation · passage · devenir · fugacité · éphémérité · transience.
À distinguer du mono no aware, qui désigne notre sensibilité à cette impermanence, et de la fluxence, qui désigne une manière d’agir avec le mouvement plutôt que contre lui.
À ne pas confondre avec…
L’imperméable.
Lui non plus ne peut pas être porté en permanence.
Au bout d’un moment, on respire assez mal là-dessous.
Contexte
Dans la pensée bouddhique, l’impermanence est notamment exprimée par le terme pali anicca : tout phénomène conditionné est soumis au changement.
Mais nul besoin d’être bouddhiste pour voir tomber les feuilles.
Nos visages changent.
Nos certitudes aussi.
Les villes changent, les amours changent, les sociétés changent.
Même nos souvenirs changent à mesure que nous les racontons.
L’impermanence n’est pas seulement une philosophie du temps.
C’est une propriété ordinaire du vivant.
Remarque rabelaisienne
On passe une bonne partie de notre existence à vouloir que les choses restent comme elles sont.
Notre corps.
Nos proches.
Nos habitudes.
Nos certitudes.
Puis un matin, on retrouve un yaourt oublié au fond du frigo.
La métaphysique possède parfois une date limite de consommation.
Haïku
Fleur sur l’étang gris —
le vent l’emporte déjà
avant que je pense.
Hygiène du mot
Impermanence ne veut pas dire : « rien ne compte puisque tout disparaît ».
C’est presque l’inverse.
Ce qui ne dure pas peut justement demander davantage d’attention.
L’impermanence constate le mouvement.
Le mono no aware en ressent la beauté fragile.
La fluxence apprend à composer avec lui.
Et parfois, il reste une chanson pour essayer de retenir quelques secondes ce qu’on savait déjà devoir laisser partir.
Écouter la chanson
Ce n’est pas le temps qui passe