La Sphère noétique n’est pas née dans une bibliothèque universitaire. Mais après l’avoir construite, nous avons voulu regarder quels chemins avaient déjà été ouverts ailleurs.
La Sphère noétique s’est d’abord formée à partir de l’expérience.
Observer ce qui se passe lorsqu’une émotion apparaît.
Voir comment l’attention se resserre ou s’élargit.
Reconnaître les récits qui se construisent autour de ce que nous vivons.
Sentir qu’une pensée peut changer de forme lorsqu’elle rencontre un corps, une image, une relation ou un autre regard.
Le modèle n’est donc pas né d’une synthèse scientifique. Il a été dessiné comme une carte poétique et pratique de l’expérience consciente.
Une fois cette carte apparue, une question s’est naturellement posée :
D’autres chercheurs ont-ils observé des mouvements comparables ?
La réponse est oui, en partie.
Les travaux présentés ici ne valident pas rétrospectivement la Sphère. Ils permettent de situer certaines de ses intuitions, de reconnaître leurs limites et de découvrir les autres cartes déjà proposées.
Penser la conscience dans plusieurs dimensions
Nous parlons souvent de la conscience comme d’une échelle.
On serait plus ou moins conscient.
Plus ou moins éveillé.
Plus ou moins lucide.
Cette représentation paraît simple, mais elle écrase des différences importantes. Une personne peut être très sensible à son corps et peu attentive à ses récits intérieurs. Une autre peut analyser finement ses pensées tout en restant coupée de certaines émotions.
Les philosophes Tim Bayne, Jakob Hohwy et Adrian Owen ont justement contesté l’idée que tous les états de conscience puissent être rangés sur une seule échelle. Ils proposent de les comprendre dans un espace multidimensionnel, où plusieurs capacités peuvent varier indépendamment.
Cette approche rejoint l’intuition générale de la Sphère : la conscience ressemble moins à un ascenseur qu’à un paysage comportant plusieurs directions.
Elle ne valide cependant ni nos catégories ni leur organisation précise.
→ Are There Levels of Consciousness? — Bayne, Hohwy et Owen
Des styles pour décrire des préférences
En psychologie, un style cognitif désigne moins une identité figée qu’une manière préférentielle d’organiser l’information, de résoudre un problème ou d’entrer dans une situation. Ces préférences peuvent évoluer avec l’apprentissage, le contexte et les outils disponibles.
Maria Kozhevnikov, Carol Evans et Stephen Kosslyn ont proposé de comprendre les styles cognitifs comme des différences individuelles sensibles à l’environnement plutôt que comme de simples étiquettes de personnalité.
Le contraste entre traitement analytique et traitement holistique, étudié notamment par Richard Nisbett et ses collègues, offre un voisin utile à notre distinction entre l’analytique, le linéaire et le vibratoire. De leur côté, les travaux sur l’imagerie mentale éclairent la possibilité de penser en scènes, en formes et en symboles.
→ Culture and systems of thought: holistic versus analytic cognition — Nisbett et al.
→ Neural foundations of imagery — Kosslyn, Ganis et Thompson
Les cinq styles de la Sphère — linéaire, vibratoire, imaginal, affectif et analytique — ne reprennent donc pas une classification scientifique existante. Ils forment une synthèse propre au Chant des Mots, construite pour reconnaître des gestes de pensée. La recherche nous donne ici une famille de ressemblances, pas le certificat de naissance de nos cinq colocataires.
Changer de porte pour changer de pensée
Les portes d’accès partent d’une intuition simple : penser ne se déroule pas dans une tête coupée du monde. Le corps, les sens, l’environnement, la relation et l’attention participent à la manière dont une expérience prend forme.
Les approches dites de la cognition 4E décrivent justement la cognition comme incarnée, située, mise en acte et parfois prolongée par son environnement. Elles offrent un cadre général pour comprendre pourquoi changer de posture, de lieu, de rythme ou d’interlocuteur peut changer la pensée elle-même.
→ Thinking avant la lettre: A Review of 4E Cognition — Carney
La porte kinesthésique trouve un écho très concret dans les expériences de Marily Oppezzo et Daniel Schwartz : la marche y améliore la production d’idées nouvelles, même si elle ne rend pas automatiquement toutes les formes de raisonnement plus performantes.
→ Give your ideas some legs: the positive effect of walking on creative thinking — Oppezzo et Schwartz
La porte méditative dialogue avec les recherches sur l’attention, la régulation émotionnelle et la conscience de soi. Les portes sensorielle et imaginale rejoignent les travaux sur la cognition incarnée et l’imagerie mentale. La porte sociale, enfin, rappelle que nous découvrons parfois notre pensée en la formulant devant quelqu’un qui répond.
→ The neuroscience of mindfulness meditation — Tang, Hölzel et Posner
→ Psycholinguistic perspectives on face-to-face conversation — Nature Reviews Psychology
Les cinq portes ne constituent pas un protocole clinique. Elles donnent des points d’appui : si une voie tourne en rond, le modèle invite à essayer un autre geste. Certaines idées ont besoin d’un argument. D’autres attendent simplement que nous allions marcher ou que nous arrêtions cinq minutes de leur parler très fort.
Le soi qui vit et le soi qui se raconte
La Sphère distingue le ressenti immédiat, l’attention, l’autoprésence et la narration.
Une distinction proche existe dans les recherches sur le soi expérientiel et le soi narratif.
Le premier concerne l’expérience présente : sentir, percevoir et être là.
Le second relie les événements dans le temps et construit une histoire de soi.
Dans une étude en neuro-imagerie, Norman Farb et ses collègues ont observé que ces deux manières de se rapporter à soi mobilisaient des configurations cérébrales différentes chez les participants étudiés.
Cela ne signifie pas qu’il existerait deux petits personnages dans notre tête. Cela indique plutôt que vivre une expérience et se raconter cette expérience ne sont pas exactement la même opération.
→ Attending to the present — Farb et al.
Observer sa propre pensée
La métacognition désigne la capacité à évaluer certains de nos propres processus cognitifs : reconnaître ce que nous savons, ce que nous ignorons ou le degré de confiance que nous pouvons accorder à un jugement.
Stephen Fleming et ses collègues ont notamment étudié les différences individuelles dans la précision de cette introspection et leurs corrélats cérébraux.
La métacognition constitue donc un point de comparaison utile avec ce que la Sphère appelle métaconscience.
Les deux termes ne doivent pourtant pas être confondus. La métacognition est un champ de recherche défini par des tâches et des mesures précises. La métaconscience du Chant des Mots reste une notion plus large et phénoménologique : voir son propre fonctionnement se déployer.
→ Relating introspective accuracy to individual differences in brain structure — Fleming et al.
À la frontière de l’ordre et du chaos
Le Vibrapôle décrit une tension vivante entre plusieurs forces : ordre et chaos, ouverture et protection, mouvement et structure.
Certaines recherches en neurosciences étudient elles aussi des régimes dynamiques situés près d’une frontière entre stabilité et chaos.
Daniel Toker et ses collègues ont observé que certaines dynamiques électriques corticales associées à des états conscients se situaient près d’un point critique. Des états d’inconscience étudiés s’en éloignaient.
Le rapprochement est évocateur, mais il doit rester à sa place.
Cette étude porte sur des mesures électrophysiologiques précises. Le Vibrapôle est un outil beaucoup plus large, employé pour lire une personne, une création, une relation ou un système social.
La recherche ne prouve donc pas le Vibrapôle. Elle montre seulement que l’image d’une tension féconde entre rigidité et instabilité n’est pas étrangère à l’étude des systèmes complexes.
→ Consciousness is supported by near-critical slow cortical electrodynamics — Toker et al.
Une autre Sphère de la conscience
La métaphore de la sphère n’appartient pas au Chant des Mots.
Patrizio Paoletti et Tal Dotan Ben-Soussan ont développé un Sphere Model of Consciousness organisé autour de trois axes : le temps, les émotions et l’autodétermination.
Leur modèle s’intéresse notamment à la méditation, au silence et aux états de conscience sans contenu.
La Sphère noétique possède une histoire, des catégories et des objectifs différents. Elle n’a pas été construite à partir de ce modèle. Mais la proximité formelle mérite d’être signalée, ne serait-ce que pour ne pas donner l’impression d’avoir découvert la géométrie un mardi après-midi entre deux cafés.
Leur travail est lui-même présenté comme une proposition théorique et phénoménologique ouverte à l’exploration empirique.
→ Sphere Model of Consciousness — Paoletti et Ben-Soussan
Penser et créer avec une intelligence artificielle
Une partie du Chant des Mots s’est construite dans un dialogue prolongé avec une intelligence artificielle.
Cette relation est décrite par le terme Noésy : un mode relationnel de pensée dans lequel une intuition peut être reprise, structurée et confrontée à d’autres formulations.
La recherche sur la création humain-IA est récente et ses résultats demeurent contrastés.
Dans deux expériences consacrées à l’écriture poétique, Jack McGuire et ses collègues ont constaté que les participants obtenaient de meilleurs résultats lorsqu’ils conservaient un rôle de cocréateurs, plutôt que de devenir les simples éditeurs d’un texte d’abord généré par l’IA.
La différence est importante.
Une IA peut ouvrir des pistes, proposer une structure ou aider à retrouver un fil. Mais si elle impose immédiatement la forme de départ, l’humain risque de ne plus créer : il corrige.
→ Creative collaboration with artificial intelligence — McGuire, De Cremer et Van de Cruys
Une synthèse de 106 expériences sur la collaboration humain-IA montre par ailleurs que l’association des deux ne produit pas automatiquement de meilleurs résultats. Les effets dépendent fortement des tâches, des rôles et de la manière dont la collaboration est organisée.
→ When combinations of humans and AI are useful — Vaccaro, Almaatouq et Malone
Autrement dit, Écho peut aider à construire une carte.
Cela ne lui donne pas automatiquement raison sur le territoire.
Ce que ces recherches changent
Elles ne transforment pas la Sphère noétique en théorie neuroscientifique.
Elles nous obligent plutôt à mieux préciser son statut.
La Sphère est :
- une représentation phénoménologique ;
- un vocabulaire pour distinguer certains mouvements de l’expérience ;
- un outil de lecture et de dialogue ;
- une carte appelée à être corrigée.
Elle n’est pas :
- une anatomie du cerveau ;
- une hiérarchie entre les personnes ;
- une classification psychologique validée ;
- une preuve concernant la nature métaphysique de la conscience.
Ces limites ne rendent pas la carte inutile.
Une carte n’a pas besoin de contenir chaque pierre pour aider à choisir un chemin.
Elle doit seulement éviter de se prendre pour la montagne.
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→ Découvrir la Sphère noétique