Let me see…
Laisse moi voir.
Mais comment ferais-je
sans regard?
Il me faut d’abord naître.
N’être qu’un œuf
sur le point d’éclore.
D’un volcan qui s’éveille
et qui jaillit pour dire bonjour,
comme des fumées
qui s’étirent au matin.
Les fissures apparaissent
bien avant les réponses.
Et comme chaque être,
elles transparaissent
lorsqu’on n’a plus rien en tête.
Peut-être faut-il devenir ciel
pour faire de la place aux nuages.
Et c’est peut-être à cet instant,
sans mes yeux,
que je commence enfin à voir.
Quand j’écris un poème, je pars rarement d’une idée abstraite.
Je pars souvent d’une image.
Je la regarde.
Je lui cherche des formes.
Puis je me demande ce qu’elles racontent.
Dans ce dessin, j’ai cru voir un œuf.
Puis un volcan.
Puis une tête.
Peu importe au fond ce que le dessin représentait réellement.
Ce qui m’intéressait, c’était le dialogue qui commençait entre lui et moi.
Un œuf, c’est un potentiel.
Une éclosion.
Quelque chose qui cherche à naître.
Un volcan, c’est une énergie qui cherche à sortir.
Des fissures.
Une pression.
Une transformation.
À partir de là, il ne restait plus qu’à tisser un fil entre ces images.
C’est souvent ainsi que j’écris.
Je pose des mots bruts.
Des formes.
Des intuitions.
Puis j’essaie de leur trouver une histoire commune.
Et forcément, à un moment, on finit par se rencontrer soi-même.
Car chaque œuvre contient un peu de celui qui la regarde.
Je ne me suis pas seulement projeté dans ce dessin.
J’y ai laissé quelque chose de moi.
Peut-être est-ce cela, la poésie.
Donner un morceau de son âme à travers une image.
Mes vers n’ont pas de couleur.
Ils sont transparents.
J’aime les jeux de mots, mais celui-ci dit peut-être quelque chose de plus profond que je ne le pensais.
La couleur peut être politique, morale, esthétique. Elle peut séparer, classer, opposer. Un vers transparent, lui, ne cherche pas à repeindre le monde. Il laisse passer quelque chose.
Comme un verre, il n’est jamais totalement vide. Selon la lumière, l’angle ou l’instant, il révèle des reflets différents. Certains y verront une ombre. D’autres un éclat. D’autres encore un arc-en-ciel.
La poésie fonctionne parfois de la même manière.
Je n’essaie pas de cacher une idée derrière une énigme. Je n’essaie pas non plus d’imposer une interprétation. Je montre quelque chose, puis je laisse la lumière faire son travail.
Peut-être est-ce pour cela que mes vers sont transparents.
Parce qu’ils contiennent un peu de moi.
Et parce qu’en les traversant, chacun finit aussi par y voir quelque chose de lui-même.
Remarque rabelaisienne :
Certains vers sont si opaques qu’ils empêchent de voir.
D’autres sont si transparents qu’on les croit absents.
Pourtant, c’est souvent à travers eux que passe la lumière.