Considérance

À ne pas confondre avec la bienveillance : la Considérance n’essaie pas d’être « gentille », elle essaie d’être juste. Ce n’est pas un sourire qui évite le vrai, c’est une présence qui te regarde en entier, même quand ça pique un peu.

Définition poétique

La Considérance, c’est l’art de te prendre tout entier sans te réduire à ton moment faible. C’est te voir avec tes angles morts, tes grandeurs, tes lâchetés, et choisir quand même de te parler comme à quelqu’un qui peut grandir.

Elle ne cherche pas à « faire le bien », ni à te ménager. Elle cherche à tenir ensemble la vérité et le respect. Dire ce qui doit être dit, mais avec une main qui ne lâche pas l’épaule.

La Considérance ne caresse pas dans le sens du poil : elle tisse une relation qui supporte le frottement. Elle accepte que parfois, te considérer vraiment, ce soit te dire ce que tu n’as pas envie d’entendre, sans t’humilier, sans se croire au-dessus.

C’est une forme de bienveillance sans morale : une attention qui ne cherche pas à nous donner le beau rôle, mais à apporter quelque chose qui puisse réellement construire l’autre.

Définition courte

La Considérance est la capacité à tenir compte de l’autre dans sa globalité — son histoire, son contexte, ses forces, ses fragilités et ses besoins réels — afin de lui parler avec justesse sans se cacher derrière la gentillesse.

Considérer ce qui ne s’affiche pas

Une personne ne se réduit pas à ce qu’elle dit dans l’instant.

Elle peut réclamer une solution alors qu’elle a surtout besoin d’être écoutée. Elle peut demander qu’on la rassure alors qu’elle a besoin qu’on lui montre une contradiction. Elle peut afficher de la colère pour protéger une peur, ou prétendre vouloir abandonner parce qu’elle est seulement épuisée.

La Considérance prend en compte ce que la personne dit, la manière dont elle le dit, ce qu’elle traverse, ce qu’elle peut entendre maintenant et ce qui risque de la soulager sans la construire.

Mais elle ne prétend pas lire magiquement dans l’autre. Imaginer un « besoin caché » ne nous donne pas le droit de lui imposer notre vérité. La Considérance observe, propose, vérifie et accepte de s’être trompée.

Une forme de respect exigeant

Nous associons souvent le respect au fait de ne pas déranger. Pourtant, ne jamais contredire quelqu’un peut aussi être une manière de ne pas le prendre au sérieux.

Si je te crois capable de réfléchir, de progresser et de transformer ce que tu vis, je peux parfois te dire non. Je peux refuser de faire à ta place. Je peux te montrer ce que tu contournes.

La Considérance reconnaît que l’autre possède des ressources. Elle ne l’enferme pas dans sa fragilité et ne transforme pas chaque difficulté en danger.

Aider quelqu’un n’est pas toujours lui éviter l’effort. Parfois, c’est lui offrir un appui suffisamment solide pour qu’il puisse faire l’effort lui-même.

D’où vient ce mot ?

La Considérance est aussi née d’un agacement.

En regardant Clément Viktorovitch analyser les débats, j’avais parfois l’impression qu’il apprenait surtout à son public à repérer les conneries du camp d’en face. C’était souvent brillant sur la forme, mais beaucoup moins risqué pour ceux qui l’écoutaient : on ressortait conforté, rarement confronté.

À l’inverse, Victor Ferry n’hésitait pas à retourner la rhétorique contre la personne elle-même. Pas seulement pour lui montrer comment les autres la manipulent, mais pour lui faire voir ses propres angles morts — que cela lui plaise ou non.

C’est dans cet écart que le mot Considérance est né.

Considérer quelqu’un, ce n’est pas seulement le ménager ou lui donner raison. C’est le prendre assez au sérieux pour lui apporter quelque chose qui puisse le construire, même si cela gratte un peu.

La bienveillance peut brosser dans le sens du poil. La Considérance regarde aussi ce qui se cache sous les poils.

Cette opposition est développée dans la critique Clément Viktorovitch : quand la rhétorique remplace la considérance.

Réflexence, Révérence et Considérance

  • La Réflexence aide une compréhension à émerger sans la planter de force.
  • La Révérence laisse à l’autre la place de faire son propre chemin.
  • La Considérance cherche ce qui pourra réellement le construire, en tenant compte de la personne et de sa situation.

Sans Révérence, la Considérance peut devenir paternaliste : je prétends savoir ce qui est bon pour toi et je te l’impose.

Sans Considérance, la Révérence peut devenir passive : je te laisse tellement d’espace que je cesse d’être véritablement présent.

Sans Réflexence, il manque parfois l’étincelle qui permet à la personne de découvrir quelque chose par elle-même.

Hygiène du mot

  • À utiliser quand il s’agit de respecter quelqu’un en profondeur, pas de le ménager en surface.
  • Ne pas en faire un nouveau costume moral : la Considérance n’est pas une étiquette pour dire « je suis quelqu’un de bien », c’est une pratique.
  • Éviter de l’employer quand on fuit le conflit ou qu’on adoucit une vérité au point de la rendre vide : là, ce n’est plus de la Considérance, c’est de la bienveillitude décorative.
  • À l’inverse, ne pas appeler « Considérance » une brutalité qui se croit lucide : si l’autre sort plus écrasé que clarifié, c’est raté.
  • Ce mot préfère les relations adultes : il suppose que chacun est capable d’entendre, de réfléchir et de répondre — pas juste d’obéir.

En résumé : emploie Considérance quand tu parles d’une manière d’être avec l’autre qui ne sacrifie ni la vérité, ni la dignité.

Formation du mot

Considérance est un mot forgé à partir de considérer : examiner attentivement, tenir compte, accorder de l’importance.

Sa terminaison fait aussi résonner, poétiquement, le mot danse : une attention qui se règle sur le rythme de l’autre sans se nier soi-même. C’est une image du Chant des Mots, pas une étymologie historique.

Exemple en contexte

Je ne vais pas te rassurer pour te calmer, je vais te parler avec Considérance : tu vaux mieux que ce que tu es en train d’accepter pour toi.

Haïku

Je te vois vraiment,
ni saint, ni monstre — juste toi,
digne d’être rejoint.

Remarque rabelaisienne

La bienveillance moderne, c’est souvent une soupe tiédasse : on sourit, on évite, on contourne, on se congratule entre fragilités, et on appelle ça « respect ».

Moi j’appelle ça : la peur de dire vrai.

La Considérance, elle, ne te borde pas dans ton mensonge confortable : elle ouvre la fenêtre, elle laisse entrer l’air, et elle s’assoit à côté de toi en disant : « Bon. On regarde ensemble, ou tu préfères continuer à dormir ? »

Tu m’envoies ta matière.
Je la lis attentivement.

Si je peux t’aider, je te propose un cadre et un tarif adaptés.
Rien n’est engagé avant ton accord.

Même trois lignes suffisent. Ce que tu écris parle déjà pour toi.
Obligatoire : ❌ NON
Obligatoire : ❌ NON
Obligatoire : ❌ NON
Obligatoire : ✅ OUI
Obligatoire : ❌ NON